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Quand le racisme est un mensonge… réel !

Quand le racisme est un mensonge… réel !

Gérard m'a demandé d'aborder cette question dans son émission À Contre-Temps du 24 avril, sur Zitata... 

Il est des politiques publiques dont l’échec ne se mesure pas seulement à leurs résultats, mais au décalage qu’elles révèlent entre l’ambition affichée et la réalité vécue. Le Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine (PRADO), lancé pour la période 2023-2026, appartient désormais à cette catégorie.

Présenté comme un tournant, structuré autour d’une volonté de coordination interministérielle et d’une mobilisation renforcée, ce plan devait incarner une réponse ferme et cohérente à un phénomène persistant. Pourtant, l’évaluation récente de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) en dresse un constat sévère : le bilan est « très décevant ».

Ce jugement ne porte pas tant sur les intentions que sur leur traduction concrète. Car le défaut majeur du plan PRADO réside dans son exécution. La gouvernance est qualifiée de défaillante, révélant une incapacité à piloter efficacement une politique pourtant transversale. Plusieurs ministères n’ont mis en œuvre qu’une partie de leurs engagements, quand d’autres ont tout simplement laissé certaines mesures en suspens. L’absence de coordination, de suivi rigoureux et de responsabilisation claire a conduit à une application fragmentée et inégale du dispositif.

Ce déficit d’exécution est d’autant plus préoccupant qu’il intervient dans un contexte de tensions accrues. L’année 2023 a marqué un point de rupture, avec une explosion des actes antisémites (+284 %) et antimusulmans (+164 %), en résonance avec des événements internationaux dont les répercussions ont traversé les frontières. Depuis lors, les niveaux de violences et d’atteintes restent durablement élevés.

Les données les plus récentes confirment cette tendance. En 2025, 16 485 atteintes à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux ont été recensées en France, dont 9 737 crimes et délits, en progression. Mais ces chiffres, déjà alarmants, ne disent qu’une partie de la réalité.

Car le racisme est aussi un phénomène largement invisible. Selon les enquêtes de victimation, plus de 1,5 million de personnes déclarent avoir subi au moins une atteinte à caractère raciste. Pourtant, seules 3,5 % d’entre elles déposent plainte. Ce chiffre, à lui seul, interroge. Il traduit une défiance persistante envers les institutions, mais aussi une forme d’accoutumance au phénomène, comme si la violence symbolique et verbale était devenue, pour beaucoup, une norme silencieuse.

Mais il serait trop simple de renvoyer la responsabilité à l’État seul. Car cette lutte est aussi sociale, culturelle et quotidienne. Elle se joue dans les interactions ordinaires, dans ce que l’on tolère ou refuse, dans la capacité de chacun à ne pas banaliser les propos ou les comportements discriminatoires. Le racisme ne naît pas d’abord dans les actes les plus graves ; il s’installe dans les mots, dans les habitudes, dans les silences.

Cette réalité invite également à une réflexion plus fondamentale. Le racisme est avant tout une construction historique, étroitement liée à des logiques de domination, notamment celles issues de la colonisation et de l’esclavage. Pendant des millénaires, le racisme n'existait pas ! Nous voilà aujourd'hui pris entre deux parenthèses, dont il faudrait que la deuxième se referme vite. La science a depuis longtemps établi l’inexistence des races humaines en tant que catégories biologiques. Et pourtant, le racisme persiste, voire s’amplifie.

Ce paradoxe s’explique par la nature même du phénomène. Le racisme ne repose pas sur des faits, mais sur des représentations. Il s’inscrit dans des systèmes de pensée qui continuent de structurer les perceptions, les discours et parfois même les politiques publiques. Il s’inscrit même – paradoxe ultime – dans les luttes anti-racistes, puisque celles-ci valident d’une certaine manière l’existence d’un schéma des races.  En cherchant à combattre le racisme, ces approches contribuent, involontairement, à réactiver les catégories qu’elles entendent déconstruire.

Toute la difficulté réside alors dans cette exigence : lutter contre le racisme sans reconduire les logiques de catégorisation qui l’alimentent. Gaston Monnerville à qui l’on demandait s’il avait souffert de racisme, répondait : “Non. Je n’ai pas souffert de racisme. J’ai souffert de bêtise humaine.” Quelle façon géniale de tuer le racisme, phénomène vain qui repose sur le mensonge des races !

Jeanne Wiltord aussi aime provoquer son auditoire en déclarant tout de go : “Je ne suis pas noire”. Et en précisant : “ne confondez pas les verbes “être” et “avoir” : je ne suis pas noire. J’ai la couleur noire”. Cette manière lumineuse de se voir et de voir l’autre est l’une des armes les plus efficaces pour lutter contre la bêtise... pardon, contre le racisme.

Rien, en effet, ne condamne les sociétés à perpétuer les schémas racistes. Parce qu’il est construit, le racisme peut être déconstruit. Cela suppose bien sûr un engagement réel, à tous les niveaux. Un État capable de transformer ses ambitions en actions effectives. Des institutions à la hauteur de la confiance qu’elles doivent inspirer. Des citoyens conscients que leurs comportements quotidiens participent à façonner le cadre collectif. Mais aussi, et peut-être surtout, à éradiquer de nos esprits le schéma racisant dans lequel nous enfermons le monstre.

 

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