11 Août 2026
Le Gouvernement vient d’annoncer une réforme structurelle majeure de la communication de l’État, visant sobriété, efficacité et lisibilité, avec une réduction des dépenses ramenées à 700 millions d’euros dès 2026. Cette rationalisation repose notamment sur un budget unique de 113 millions d’euros dédié aux grandes campagnes interministérielles d’intérêt général et sur la création de bureaux uniques de communication dans chaque préfecture.
Si l’exigence de responsabilité budgétaire et d’efficacité de la parole publique est pleinement légitime, l’application territorialisée de cette réforme l’est tout autant : comment, en effet, garantir une répartition équitable des moyens au service de l’ensemble des citoyens, y compris dans nos régions ultramarines ?
Les territoires des Antilles et de la Guyane comptent aujourd'hui plus d’un million d’habitants, soit environ 1,5 % de la population française.
Dans le cadre d’un budget national de la communication publique fixé à 700 millions d’euros, l’application directe et rigoureuse de cette clef démographique représenterait une enveloppe globale d’environ 10,5 millions d’euros dédiée aux Antilles-Guyane. De la même manière, sur le budget strict des campagnes d’intérêt général (113 millions d’euros), la part proportionnelle directe s’élèverait à environ 1,7 million d'euros.
Ce socle démographique constitue un plancher d’équité républicaine indispensable pour assurer un traitement égal des citoyens, où qu'ils se trouvent sur le territoire national.
Le principe de proportionnalité pure ne peut toutefois suffire. La communication publique constitue un levier d’action publique ciblé pour répondre à des crises, informer sur des risques sanitaires et accompagner des politiques de sécurité et de santé publiques.
Nos territoires des Antilles et de la Guyane font face de manière aiguë et singulière à des problématiques majeures, y compris avec des impacts sur l’hexagone, qui justifient une pondération à la hausse des crédits engagés :
L’annonce de la création de bureaux uniques de communication au sein des préfectures offre une opportunité de rationalisation bienvenue. Néanmoins, la réussite de ces antennes locales dépendra de leur capacité à s’appuyer sur l’écosystème local.
Une communication efficace est une communication culturellement adaptée, accessible et ancrée dans le quotidien de nos bassins de vie. Cela implique de s’appuyer sur le tissu professionnel local des agences et des médias régionaux, qui possèdent l’expertise fondamentale des usages, de la sociologie et des canaux de diffusion propres à nos territoires.
Au regard du plancher démographique et des surcoûts légitimes liés à nos spécificités territoriales et sanitaires, le budget annuel de communication de l’État dédié aux Antilles-Guyane devrait raisonnablement se situer entre 11 et 20 millions d'euros.
Au-delà des chiffres, c’est toute la viabilité d’un secteur stratégique qui est en jeu. L’écosystème économique de la communication locale — agences, producteurs et médias régionaux — traverse aujourd’hui une crise grave et a besoin de visibilité quant aux intentions de l’État. Réserver et garantir cette juste part budgétaire ne relève pas d’une logique de soutien corporatiste, mais d’un investissement indispensable pour préserver nos compétences locales et assurer une parole publique performante, réactive et au plus proche des réalités ultramarines.
Premiers signataires