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Leaders’ Ship : quand notre jeunesse reprend confiance

Il y a des initiatives qui méritent d’être saluées, non parce qu’elles promettent de changer le monde en quelques jours, mais parce qu’elles permettent à quelques jeunes de changer le regard qu’ils portent sur eux-mêmes.

J’ai eu récemment l’occasion d’assister, au lycée de Bellevue, à la restitution de la première édition de Leaders’ Ship. Et j’en suis ressorti profondément impressionné.

Pendant cinq jours et quatre nuits, cinquante jeunes Martiniquais de 14 à 17 ans, venus de quatorze établissements de l’île, ont vécu une expérience immersive en internat destinée à les aider à mieux se connaître, à communiquer, à travailler ensemble, à prendre des initiatives et, surtout, à se projeter dans leur avenir.

Sur le papier, cela pourrait ressembler à beaucoup d’autres programmes consacrés à la confiance en soi ou au leadership.

Mais ce que j’ai vu ce jour-là était beaucoup plus parlant.

J’ai vu des adolescents prendre le micro, parler devant une salle, raconter ce qu’ils avaient vécu, exprimer leurs ambitions, leurs fragilités parfois, leurs envies surtout. J’ai vu des jeunes qui semblaient avoir découvert en quelques jours qu’ils avaient le droit d’oser. Le droit de prendre leur place. Le droit aussi de penser qu’un avenir pouvait s’ouvrir devant eux.

Et j’ai entendu cette phrase incroyable : “Ces cinq jours ont changé nos vies.”

Le programme avait précisément été conçu autour de cette progression : se connaître, communiquer, collaborer, agir et contribuer. Les participants ont travaillé sur leurs forces, la prise de parole, l’écoute, la coopération, le dépassement de soi ou encore leur capacité à transformer une idée en action.

Les premiers résultats sont d’ailleurs étonnants. Les jeunes ont attribué une note moyenne de 9,17 sur 10 à l’expérience et 92 % souhaitent poursuivre l’aventure. Plus significatif encore : leur confiance dans leur capacité à construire l’avenir qu’ils souhaitent est passée de 6,75 à 8,44 sur 10 en cinq jours.

Il faut évidemment rester prudent : cinq jours ne suffisent peut-être pas à transformer durablement une existence. Mais cinq jours peuvent provoquer un déclic. Et c’est précisément pour cela que cette initiative est si importante en Martinique.

Notre île connaît depuis longtemps un paradoxe douloureux. Nous avons une jeunesse pleine de talents, d’intelligence et d’énergie, mais nous lui renvoyons trop souvent une image sombre de son propre avenir. Déclin démographique, chômage, violence, départ vers l’Hexagone, difficultés scolaires, sentiment d’enfermement insulaire : à force de raconter à nos jeunes tout ce qui ne va pas, nous finissons parfois par leur faire croire que rien n’est possible ici.

Le manque d’estime de soi devient alors un piège. On doute de soi, on ose moins, donc on entreprend moins. Et lorsque l’on entreprend moins, on finit par considérer son propre découragement comme une fatalité.

C’est bien ce cercle qu’il faut briser.

Leaders’ Ship part de l'idée simple que nos jeunes ne manquent pas de potentiel ; ils ont juste besoin qu’on les aide à le révéler. C’est l’ambition revendiquée par ses organisateurs : leur offrir un espace où ils puissent « oser, se tromper, recommencer » et découvrir progressivement ce dont ils sont capables.

Ce que j’ai vu à Bellevue m’a conforté dans une conviction : nous consacrons trop de temps en Martinique à parler des problèmes de la jeunesse. Nous devrions en consacrer davantage à créer les conditions de sa réussite.

L’école doit bien sûr transmettre des connaissances. Mais notre société doit également apprendre à nos jeunes à parler, à convaincre, à travailler avec les autres, à prendre des responsabilités, à accepter l’échec, à recommencer et à croire en leurs propres capacités. Car une chose est sûre : le développement d’un territoire commence dans la tête de ses habitants. Une Martinique qui retrouverait confiance en sa jeunesse recommencerait à croire en son avenir.

Et ce jour-là, au lycée de Bellevue, devant l’enthousiasme communicatif de ces jeunes Martiniquais, j’ai eu le sentiment que quelque chose de cet ordre était en train de commencer.

Alors oui : bravo à l’association Amadeus et à son infatigable inspiratrice, Chloé Fabre ! Longue vie à Leaders’ Ship. Et surtout, embarquons beaucoup d’autres jeunes.

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