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Quand le Mexique ouvre une réflexion mondiale sur les sargasses...

Quand le Mexique ouvre une réflexion mondiale sur les sargasses...

Matthieu Bergot, PDG de Sargawatt, était à Cancún pour participer au grand symposium mondial sur les sargasses. Voici son 1er compte-rendu de visite :

Que retenir pour la Martinique et la Guadeloupe du Global Gateway à Cancún  « Shaping a Caribbean Sargassum Value Chain » ?

En premier lieu se manifeste l’impact structurant de l’Histoire et de la Géographie, avec leurs conséquences pour une stratégie multi-territoriale. L’objectif de créer cette chaîne de valeur durable des sargasses dans les Petites Antilles reste ainsi ambitieux mais nécessaire.

Sept réalités s’imposent en effet d’emblée concernant les sargasses au Mexique :

  • L’éloignement issu de siècles d’Histoire : Cancún et la côte Caraïbe du Mexique sont des destinations à flux limités et nécessitent aujourd’hui plus de 30h de trajet, escales comprises, depuis nos territoires. Depuis Fort de France, il est plus court de rejoindre Rio, Los Angeles ou même Tokyo. Tant qu’à investir un temps de transport, il pourrait même être, pour certains aspects, plus judicieux d’aller étudier les savoir-faire du Japon, héritier d’une tradition séculaire de récupération et valorisation d’algues.
  • Le volume de sargasses à traiter au Mexique atteint des chiffres records, d’un ordre de grandeur au moins x100 par rapport à nos territoires. 
  • La surface de foncier disponible est sans commune mesure avec nos territoires pour évacuer, stocker, ou sécher les sargasses, et ce sur un seul territoire de plus connecté par voies routières et ferroviaires rapides.
  • Les restrictions d’eau sont inconnues à Cancún alors que les territoires insulaires souffrent parfois de sécheresses ou de réseaux de distribution d’eau déficients.
  • Les moyens mis à contribution au Mexique pour les sargasses sont mutualisés (Marine mexicaine, implication de l’État avec des budgets colossaux), et même si nous battons dans les territoires français des records de budget par km de côtes impactées, les moyens mexicains n’ont au total (barrages, bateaux, main d’œuvre, usines de valorisation) rien à voir par leur ampleur avec des territoires insulaires de la taille de ceux des Petites Antilles.
  • L’offre hôtelière est colossale en raison de disponibilités de plages et d’espaces naturels immenses, créant en retour une urgence existentielle pour ces activités face aux sargasses.
  • Les normes environnementales et règlementaires sont beaucoup moins restrictives que sur le territoire français, quand elles ne sont pas quasiment inexistantes au Mexique pour l’élimination de l’arsenic par exemple.

Alors, rien à voir avec nos territoires ? Si bien sûr, car nous avons beaucoup à apprendre du Mexique comme de tous les autres pays de la région : leurs succès et échecs dans leurs techniques de prévisions, de collecte et de valorisation, leurs stratégies de coordination des hôtels comme de l’action publique, leur vision pour l’avenir avec par exemple la collecte en haute mer. Le vœu exprimé à la fin du Global Gateway par Myriam Ferrán, la représentante de Bruxelles, coorganisatrice avec le Mexique a du sens : elle appelle de ses vœux une entité unique pour la Caraïbe pour mutualiser l’approche globale et donner les meilleures chances à une chaîne de valeur durable d’émerger.

Pour autant, les Antilles, au moins pour les Petites Antilles, ont un contexte et des contraintes souvent spécifiques :  

  • des quantités de sargasses sommes toutes, par territoire, souvent trop limitées en volume pour envisager une valorisation industrielle à échelle rentable ;
  • des populations insulaires souvent denses à proximité des lieux d’échouements ;
  • la limitation du foncier disponible ;
  • des moyens financiers souvent très contraints (hôtels potentiellement contributifs mais beaucoup moins nombreux qu’au Mexique pour financer les opérations, populations souvent pauvres, États aux moyens limités) ;
  • la nécessité de préserver la ressource en eau ;
  • ou encore une volonté exigeante de respecter l’environnement - le traumatisme du Chlordécone invite à ne pas reproduire la même chose avec les métaux lourds inclus dans les sargasses - contrainte en réalité porteuse d’avenir car personne ne voudra à terme acheter un produit biosourcé qui pollue l’environnement par sa matière première.

Ce contexte très spécifique aux Antilles est aussi un atout stratégique. La France bénéficie d’un certain leadership dans la lutte contre les sargasses sur territoire insulaire, cette avance peut bénéficier aux territoires antillais avec une pertinence accrue, et permettre à nos territoires de développer et exporter un vrai savoir-faire, avec une logistique et une organisation adaptées. Le savoir-faire des barrages martiniquais s’exporte ailleurs (à Antigua par exemple, par Filet DROM), c’est un signe intéressant qu’il s’agira de compléter avec des propositions de collecte et de valorisation, afin de développer cette fameuse chaîne de valeur en territoires insulaires. Il ne faut pas négliger l’opportunité économique des sargasses à moyen terme. Elle pourra créer des emplois dans nos territoires et sans chaîne de valeur durable, il n’y aura pas de solution viable. Pour s’adapter au contexte antillais décrit plus haut, il faudra développer une offre qui sera, en se permettant de prendre les termes anglais pour cette perspective internationale, « low cost, sustainable and scalable ». C’est celle que vise par exemple Sargawatt avec ses offres de prévisions, d’optimisation de positionnement des barrages, de collecte en mer et stabilisation de sargasses, premiers pas pour que d’autres acteurs puissent développer une industrie de valorisation crédible. Les lauréats de l’appel à projets Sargassum III de l’Agence Nationale de la Recherche avec l’ADEME sont aussi un axe pour permettre à des entreprises régionales d’exceller dans la valorisation des sargasses. Une entreprise martiniquaise (Emerwall) développe déjà en Martinique des produits biosourcés à base de sargasses. Tout ce dynamisme est à encourager et à organiser à l’échelle des Antilles. Au vu du phénomène croissant du fléau, c’est un investissement d’avenir, à condition de privilégier des pistes « low cost, sustainable and scalable » qui seules pourront créer un modèle économique durable pour les territoires antillais.

Matthieu Bergot, Sargawatt

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