7 Octobre 2026
Matthieu Bergot, PDG de Sargawatt, était à Cancún pour participer au grand symposium mondial sur les sargasses. Voici son 1er compte-rendu de visite :
Que retenir pour la Martinique et la Guadeloupe du Global Gateway à Cancún « Shaping a Caribbean Sargassum Value Chain » ?
En premier lieu se manifeste l’impact structurant de l’Histoire et de la Géographie, avec leurs conséquences pour une stratégie multi-territoriale. L’objectif de créer cette chaîne de valeur durable des sargasses dans les Petites Antilles reste ainsi ambitieux mais nécessaire.
Sept réalités s’imposent en effet d’emblée concernant les sargasses au Mexique :
Alors, rien à voir avec nos territoires ? Si bien sûr, car nous avons beaucoup à apprendre du Mexique comme de tous les autres pays de la région : leurs succès et échecs dans leurs techniques de prévisions, de collecte et de valorisation, leurs stratégies de coordination des hôtels comme de l’action publique, leur vision pour l’avenir avec par exemple la collecte en haute mer. Le vœu exprimé à la fin du Global Gateway par Myriam Ferrán, la représentante de Bruxelles, coorganisatrice avec le Mexique a du sens : elle appelle de ses vœux une entité unique pour la Caraïbe pour mutualiser l’approche globale et donner les meilleures chances à une chaîne de valeur durable d’émerger.
Pour autant, les Antilles, au moins pour les Petites Antilles, ont un contexte et des contraintes souvent spécifiques :
Ce contexte très spécifique aux Antilles est aussi un atout stratégique. La France bénéficie d’un certain leadership dans la lutte contre les sargasses sur territoire insulaire, cette avance peut bénéficier aux territoires antillais avec une pertinence accrue, et permettre à nos territoires de développer et exporter un vrai savoir-faire, avec une logistique et une organisation adaptées. Le savoir-faire des barrages martiniquais s’exporte ailleurs (à Antigua par exemple, par Filet DROM), c’est un signe intéressant qu’il s’agira de compléter avec des propositions de collecte et de valorisation, afin de développer cette fameuse chaîne de valeur en territoires insulaires. Il ne faut pas négliger l’opportunité économique des sargasses à moyen terme. Elle pourra créer des emplois dans nos territoires et sans chaîne de valeur durable, il n’y aura pas de solution viable. Pour s’adapter au contexte antillais décrit plus haut, il faudra développer une offre qui sera, en se permettant de prendre les termes anglais pour cette perspective internationale, « low cost, sustainable and scalable ». C’est celle que vise par exemple Sargawatt avec ses offres de prévisions, d’optimisation de positionnement des barrages, de collecte en mer et stabilisation de sargasses, premiers pas pour que d’autres acteurs puissent développer une industrie de valorisation crédible. Les lauréats de l’appel à projets Sargassum III de l’Agence Nationale de la Recherche avec l’ADEME sont aussi un axe pour permettre à des entreprises régionales d’exceller dans la valorisation des sargasses. Une entreprise martiniquaise (Emerwall) développe déjà en Martinique des produits biosourcés à base de sargasses. Tout ce dynamisme est à encourager et à organiser à l’échelle des Antilles. Au vu du phénomène croissant du fléau, c’est un investissement d’avenir, à condition de privilégier des pistes « low cost, sustainable and scalable » qui seules pourront créer un modèle économique durable pour les territoires antillais.
Matthieu Bergot, Sargawatt