19 Juin 2026
En France, douze millions de personnes vivent avec un handicap. Pour un tiers d’entre elles, cette singularité affecte leurs fonctions mentales et cognitives : maladies neurodégénératives, pathologies psychiatriques chroniques, autisme ou trisomie 21. Alors que l’Assemblée nationale s’apprête à réexaminer le projet de loi relatif à l’accompagnement des malades et à la fin de vie, un angle mort d’une extrême gravité persiste : la vulnérabilité spécifique du handicap mental face au dispositif de l’« aide à mourir ».
À l’heure où les débats se polarisent et où notre société tend à se recroqueviller dans l'individualisme, il est du devoir de la Solidarité Nationale de protéger sans discrimination celles et ceux qui ne peuvent pleinement faire entendre leur voix. Nos parlementaires antillais, historiquement gardiens des valeurs de cohésion familiale et de respect des aînés, ont ici un rôle historique et décisif à jouer.
Le projet de loi repose sur un pilier philosophique : le consentement libre et éclairé du patient. Or, appliquer mécaniquement cette grille de lecture au handicap mental ou aux troubles neurocognitifs sévères constitue une imprudence juridique et éthique. La législation classe aujourd’hui la plupart des pathologies concernées parmi les affections graves et incurables, satisfaisant ainsi, de fait, au principal critère d’éligibilité à l’euthanasie.
De plus, la littérature scientifique démontre que les personnes porteuses d'une déficience intellectuelle présentent un risque de dépression considérablement plus élevé que le reste de la population. Associer une souffrance psychologique passagère à une affection incurable textuellement reconnue crée un risque systémique d'éligibilité.
Face à l'irréversibilité de la mort, la simple consultation du tuteur ou de la famille ne saurait suffire. La prudence commande d'inverser la présomption : le handicap mental doit être exclu du dispositif.
Au-delà de l'urgence juridique, cette question touche au cœur même de notre projet de civilisation. Les personnes en situation de handicap mental ne sont pas des pathologies ambulantes : ce sont des citoyens pleins et entiers, légitimes à vivre et capables d'épanouissement. Par leur présence au milieu de nous, dans nos familles, nos écoles et nos communes, elles remplissent une fonction sociale invisible mais essentielle : elles sont les révélateurs de notre propre humanité. C'est cette simple idée que porte mon dernier livre Ti-Prince (éditions Salvator)
/image%2F0990991%2F20260619%2Fob_390978_couverture-ti-prince.png)
Côtoyer la différence impose l’altérité. Elle force les sociétés à développer des trésors d’empathie, de patience et de tolérance. Dans un monde utilitariste, obsédé par la performance, la production et la consommation, ces citoyens nous apprennent que la valeur d'une vie humaine ne se mesure pas à sa productivité. Ils nous ramènent à l'essentiel, à ce langage du cœur qui désarme les postures et unifie les cercles familiaux. Prétendre « soulager » la société en facilitant l'accès à la mort de ses membres les plus fragiles, sous prétexte qu'ils représenteraient une charge, est un renoncement moral. Une nation ne s'élève pas en gommant ses singularités, elle s'honore en les insérant.
En Martinique, en Guadeloupe, en Guyane ou à la Réunion, la structure sociale reste profondément imprégnée d'une culture de la solidarité intergénérationnelle et du soin de l'autre au sein du foyer. Nous savons ce que signifie accompagner un proche, faire corps autour de la vulnérabilité, même si le quotidien s'apparente parfois à un parcours du combattant face aux carences de notre système de santé.
Nos députés et sénateurs antillais disposent d'une légitimité culturelle et politique unique pour porter cette voix de la sagesse au Palais Bourbon et au jardin du Luxembourg. Ils ont l'opportunité de dépasser les clivages partisans pour déposer et soutenir un amendement d'exclusion claire des personnes souffrant de handicap mental du champ d’application de l'aide à mourir.
En portant cette exigence de protection, nos élus feront preuve d'un humanisme de combat. Ils rappelleront à la communauté nationale cette célèbre formule : « La qualité d’une civilisation se mesure au respect qu’elle porte aux plus faibles de ses membres. »
Mesdames et Messieurs les parlementaires, ne laissons pas les imprécisions de la loi fragiliser la vie de nos enfants porteurs d'une étoile différente. Obtenez par amendement le retrait du handicap mental de ce texte. C'est une question de dignité pour eux, et de grandeur pour nous.