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Quand la Martinique dispose enfin d’une bonne Feuille de routes...

Quand la Martinique dispose enfin d’une bonne Feuille de routes...

La mobilité est à la vie d'un territoire ce que la circulation sanguine est au corps humain. On ne compte plus les pathologies liées à une mauvaise irrigation. En Martinique, notre système circulatoire est au bord de l'AVC : embouteillages chroniques, coûts prohibitifs et une dépendance quasi-totale au véhicule individuel carboné.

Le Livre Blanc « Feuille de routes », produit par le CERCLE (Collège d’Entreprises Résilience Climat et Énergie), pose enfin un diagnostic clair : si nous continuons à appliquer sans discernement des normes continentales inadaptées, si nous ne prenons pas des mesures fortes dès maintenant avec une vraie stratégie de long terme, nous organisons méthodiquement une mobilité structurellement chère et inaccessible pour la majorité des Martiniquais.

Le mirage du tout-électrique et la fausse piste des biofuels pour la production d'électricité

L'électrification massive des véhicules est brandie comme l'alpha et l'omega de la décarbonation. C’est oublier un chiffre assassin : l’intensité carbone de notre électricité. En France hexagonale, le kWh émet environ 60 g de CO2 grâce au nucléaire. En Martinique, nous sommes à 840 g, nous dit l'ADEME ! Recharger une Tesla sur un réseau alimenté à 75 % par des énergies fossiles ne sauve pas la planète, cela déplace simplement (sauf pour les petits véhicules) le pot d’échappement vers la centrale de Bellefontaine.

Pire, le projet de conversion de cette centrale aux biofuels est une aberration écologique et économique, tout juste bonne à remplir facialement l’objectif de 100% d’ENR. Cette utilisation des biofuels ne respecte pas la hiérarchie des usages pour une énergie biosourcée et donc rare. Utiliser des biofuels pour produire de l’électricité, c’est un peu comme, en plein désert, utiliser de l’eau pour laver les voitures au lieu de la réserver à ses usages essentiels. De plus, on parle d’un coût de production multiplié par 3, voire par 6. Qui paiera la facture ? Même si la péréquation tarifaire garantit aujourd’hui aux Martiniquais un tarif semblable à celui de l’hexagone, ce ne peut pas être durable. Ce projet ne réduit pas la dépendance énergétique du territoire ; il capte des investissements massifs et consomme des coûts d’exploitation pour une solution sans avenir. Le bon sens serait au contraire d’utiliser ces sommes pour développer prioritairement et massivement les énergies renouvelables locales (solaires, éoliennes, houlomotrices, géothermiques), seules à même d’accompagner la Martinique vers l’autonomie énergétique qui lui sera vitale demain.

Pour autant, comme le signale avec force Jean-Marc Jancovici, nous n’avons pas d’autre choix que de favoriser les usages électriques ; c’est le pré-requis fondamental aux ruptures vertueuses de production énergétique.

500 millions pour le TCSP : l'urgence du moratoire

L’extension du TCSP vers le Sud et l’Est est évaluée à 500 millions d’euros. C'est une somme pharaonique. Avant d'engager le moindre centime supplémentaire, l'exigence de transparence impose un moratoire. Nous avons besoin d'un bilan honnête de la première tranche : quel est le coût réel par passager ? Quelle est l'efficacité face à la capillarité de notre habitat ?

Dépenser des centaines de millions dans des infrastructures rigides alors que le réseau actuel ne tient qu'avec du ruban adhésif est une hérésie. Cet argent serait bien plus utile pour financer un véritable « choc de mobilité douce ».

Trois préconisations pour une rupture pragmatique

Le Livre Blanc “Feuille de routes” propose des leviers actionnables immédiatement :

  • Le réseau Taxicos 2.0 : Plutôt que des bus vides sur des lignes fixes, déployons une flotte de taxis collectifs décarbonés pilotée par des plateformes de réservation intelligentes. Un hybride entre la ligne fixe et le service type Uber, capable d'irriguer chaque quartier de l'île.
  • 200 km de pistes cyclables sécurisées : Aujourd'hui, circuler à vélo en Martinique est une tentative de suicide. Créons une véritable colonne vertébrale pour la mobilité douce en équipant tous nos axes principaux, et en favorisant l'essor de vélos à assistance électrique et d'engins couverts. Ce n'est pas une question de météo ou de relief — Lausanne ou le Doubs le font — c'est une question de volonté politique et d'aménagement.
  • L’autonomie énergétique comme levier : Favorisons les recharges solaires en journée et le biogaz issu de nos déchets, sargasses et boues d'épuration. Développons les méthodes de stockage les plus sûres. Chaque litre de carburant ou kWh produits localement sont un gain pour notre balance commerciale et une protection contre les chocs géopolitiques mondiaux.
Pour un pilotage tripartite : Élus, État, Entreprises

La solution ne viendra pas d'une énième collection de mesures incantatoires. Elle exige une vision stratégique globale et une affectation avisée des moyens disponibles. Le CERCLE appelle à la création d’un comité stratégique au plus haut niveau, réunissant la Collectivité, l’État et le monde entrepreneurial.

Les entreprises produisent, distribuent, entretiennent et s’adaptent. Elles ont le pragmatisme que les administrations n’auront jamais. Les exclure du pilotage, c’est condamner la Martinique à une mobilité misérable.

Traçons notre propre avenir, ici et maintenant, avec nos réalités et nos ressources. Nous avons désormais une belle “feuille de routes” pour ça !

TÉLÉCHARGEZ LE LIVRE BLANC FEUILLE DE ROUTES ICI.

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