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Obésité : quand notre assiette devient une bombe à retardement...

Obésité : quand notre assiette devient une bombe à retardement...

La journée mondiale de l’obésité nous invite à regarder en face une pathologie qui déforme notre société. Autour de nous, dans nos rues, nos administrations, nos centres commerciaux, une mutation silencieuse s'opère. La silhouette de la Martinique change. Ce qui était hier l'exception — l'embonpoint signe d'aisance — est devenu une norme statistique écrasante. Aujourd’hui, un adulte sur trois est en situation d’obésité chez nous. C’est le double de la moyenne hexagonale. Un naufrage sanitaire programmé…

Plus qu’une affaire de génétique, l’obésité est le résultat d’une rupture brutale avec notre propre nature. Nous avons gardé un appétit de travailleurs de la terre tout en adoptant un mode de vie de sédentaires forcés. Le tout-automobile n'est pas qu'un choix de transport, c'est un piège métabolique. En Martinique, l'absence d'alternatives crédibles nous cloue au siège de nos voitures.

Sortir de cette impasse exige plus que des discours : il nous faut, par exemple, un véritable Plan Vélo, ambitieux et structurant, tel que le livre blanc sur la mobilité durable en Martinique, “Feuille de routes", le préconise (voir ici). Lutter contre la sédentarité, c’est offrir la possibilité physique de bouger. Tant que nos routes resteront des couloirs hostiles pour quiconque n'est pas carrossé, l'immobilité engraissera les corps et saturera les cœurs.

Mais le pire se joue dans le silence des chambres d’enfants. L'écran est devenu la baby-sitter universelle, une cage numérique où nos enfants sont hypnotisés par des algorithmes qui paralysent leurs muscles. On ne joue plus, on "swipe". On ne grimpe plus aux arbres, on regarde des vidéos. Cette sédentarité précoce est une grenade dégoupillée pour le pancréas de nos gamins.

Ne nous voilons pas la face : cette épidémie est le fruit d’une démission de confort. En plaçant une tablette entre les mains d'un enfant pour acheter notre propre tranquillité, nous organisons méthodiquement sa fragilité future. La responsabilité parentale est ici engagée sans détour : protéger la santé de nos enfants commence par le courage de débrancher la prise et de leur rendre le droit au mouvement.

On appelle souvent le législateur à la rescousse. Il faudrait taxer, interdire, contraindre. La Loi Lurel a posé un jalon, mais c’est une digue de sable face à l’océan de produits ultra-transformés qui s'engouffre dans nos ports. Compter uniquement sur la contrainte imposée aux industriels est une stratégie de l'impuissance. L'industrie vend ce que nous achetons. Attendre que le salut vienne d'un décret pour vider nos verres de soda, c'est renoncer à notre propre souveraineté. L'offre ne changera que si la demande s'éduque.

La véritable clé est l'information, et sur ce point précis, chez nous, l'État brille par son insuffisance. En France hexagonale, près de 15€ par habitant sont consacrés à la communication gouvernementale ; si ce même ratio était appliqué à la Martinique, pas moins de 5 Millions d'euros serviraient à la communication d'intérêt général. On en est très loin... Le déploiement local de ces budgets pour la santé publique est structurellement indigent. C’est là une rupture d'égalité caractérisée : pourquoi la prévention s'arrête-t-elle à l'Océan ? Pourquoi, a minima, ces moyens ne sont-ils pas proportionnés au nombre d'habitants par territoire ?

Les budgets de sensibilisation doivent être investis en proportion réelle de notre détresse sanitaire, et non comme une variable d'ajustement lointaine. Nous devons revendiquer les mêmes droits à l'éducation alimentaire que les habitants de l'Hexagone. Réclamer ces moyens, c'est exiger l'application du strict droit à la santé. Ni plus ni moins. Il faut que chacun de nous comprenne qu'une calorie bon marché aujourd'hui est une séance de dialyse payée au prix fort demain. L'obésité est la maladie de l'ignorance entretenue par un manque de moyens de sensibilisation. Nos hôpitaux auront du mal à tenir le choc si nous la laissons progresser avec son cortège de maladies cardio-vasculaires, de diabètes et d’insuffisances rénales.

Réduire le temps d'écran, renforcer des budgets de communication, déployer des infrastructures cyclables et faire du choix alimentaire un acte de résistance : voilà le seul programme sérieux. Le reste n'est que littérature administrative.

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