8 Janvier 2026
L’odeur est là, tenace. Cette dérive d'œuf pourri qui, depuis des années, empoisonne le quotidien des communes du nord de notre île. En plus de constituer une crise économique, touristique et environnementale majeure, les sargasses sont devenues une plaie ouverte dans la chair des Martiniquais. Tout comme elles blessent les autres pays de la Caraïbe, dont la plupart sont encore bien plus démunis que nous ! Mais aujourd'hui, en Martinique, à la toxicité des gaz s’ajoute celle des barrages.
Depuis le 4 janvier, la ville du Robert est entièrement paralysée. Les écoles sont désertées, les commerces asphyxiés, la vie quotidienne suspendues. Une situation intenable pour des habitants déjà éprouvés.
On ne peut que comprendre l’exaspération. Les politiques publiques, malgré les millions d’euros mobilisés par l’État et l’Europe via des dispositifs comme Sarg’Coop, peinent à produire des résultats à la hauteur de l’urgence. La coordination entre les acteurs locaux reste défaillante, confirmant les carences organisationnelles déjà pointées par la Cour régionale des comptes. Le sentiment d’abandon nourrit la colère.
Mais cette colère, si légitime soit-elle, ne saurait tout justifier.
Car des solutions émergent, portées notamment par le pragmatisme des opérateurs privés. Sans eux, il n’y aurait toujours pas de filets de protection, ni de dispositifs de ramassage en mer, ni de barges de collecte. Notons aussi que, grâce aux moyens d’État, des progrès importants ont été réalisés en matière de prévention, et qu’enfin, des projets de traitement et de valorisation sont sur le point d’aboutir. C’est là que l’effort doit se concentrer : sur l’efficacité, l’innovation et la mise en œuvre concrète. Et non dans l’érection de tas de pneus sur la RN1.
Car il faut le dire avec fermeté : prendre la population en otage est une stratégie irresponsable. Bloquer celles et ceux qui souffrent déjà ne résout rien ; cela ne fait qu'ajouter de la crise à la crise. À quelques mois des élections municipales, comment d'ailleurs ne pas s’interroger sur les motivations de ces blocages ? Comme lors de crises précédentes, on sent poindre à nouveau un risque d’instrumentalisation "politique" de la détresse humaine. Transformer une catastrophe naturelle en levier subversif est un jeu dangereux. Il fragilise la cohésion sociale et ne rend service à aucun administré.
La lutte contre les sargasses exige de la responsabilité, du courage politique et une mobilisation collective tournée vers des solutions, pas vers le désordre. Ce sont les algues qu'il faut bloquer, pas les gens !