Laisse-moi te dire

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Quand le 22 mai doit être un jour de paix...

Quand le 22 mai doit être un jour de paix...

Le 22 mai 2019, nous célébrons le 171ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage en Martinique. Nous célébrons le jour où les esclaves ont cessé d’être des esclaves, et où les esclavagistes ont cessé d’être des esclavagistes. Nous célébrons le jour où le peuple libre de Martinique est né. Le 22 mai est donc un jour de joie et de paix qui devrait nous réunir tous dans le même recueillement.

Pourtant le 22 mai est pour beaucoup d’entre nous un jour de honte, un jour de souffrance, un jour de rancœur. C’est un jour que certains enfouissent au fond de leur mémoire, et que d’autres exhument pour activer les clivages.

Quand j’étais enfant, cette date n’était pas commémorée. On ne parlait pas du 22 mai, et encore moins de l’esclavage qui avait pourtant sévi dans nos familles pendant 200 ans. On tentait d’effacer ce passé. On le taisait pour mieux le gommer. Notre histoire commune était infondée. Seul l’avenir comptait. Quelle erreur. Quelle erreur ce long silence. Quelle erreur d’avoir cru que l’oubli était le pardon.

Mais quelle erreur aussi de réveiller ce passé pour y chercher les grandes douleurs et les mettre dans les cœurs d’aujourd’hui. Quelle erreur de laisser l’émotion envahir notre réalité au point que 171 ans après, on rejoue la partie des coupables et des victimes. Une partie perdue par tous.

J’ai été marqué par ma rencontre avec Serge ROMANA en juin 2016.

Serge ROMANA est généticien à l’hôpital Necker-Enfants malades, professeur de médecine à l’Université Paris Descartes. Il est aussi le président de la Fondation « Esclavage & Réconciliation » dont le but est de rendre nos sociétés antillaises moins conflictuelles. Originaire du Moule en Guadeloupe, il est le descendant de Juliette, matricule 5322, née à Saint-Anne en Guadeloupe en 1818 et nommée ROMANA le 14 septembre 1848 au Moule… 

Avec son association, il milite pour la célébration de la mémoire des esclaves, non plus comme des entités anonymes, mais comme des personnes nommées. Ses travaux lui ont permis de remonter le fil généalogique de la plupart des familles antillaises jusqu’à leurs ancêtres libérés.

J’ai été ému devant la liste des 130.000 noms des victimes Martiniquaises et Guadeloupéennes. Les noms des personnes qui avaient souffert dans leur chair. J’ai été troublé aussi par le dialogue apaisé mais sincère que j’ai eu alors avec Serge. Un dialogue simple et clair, dépouillé de tout « héritage subjectif ».

Jusqu’à ce jour, je n’avais jamais pu échanger en vérité et en confiance avec quiconque sur ce passé douloureux.

Serge ROMANA a raison. Monseigneur MACAIRE aussi : il faut célébrer la mémoire des personnes qui ont souffert de l’esclavage et qui ont été libérés le 22 mai 1848. Il faut leur rendre hommage, car ils incarnent l’humanité retrouvée ; ils sont ancêtres de douleur, mais aussi d’espoir. Ils sont la source même du travail de mémoire dont nos sociétés antillaises ont besoin pour s’apaiser.

Saluons à cet égard le projet en cours que porte notre évêque avec la Mairie de Saint-Pierre.

Oui, le 22 mai doit être un jour de paix, de concorde et de recueillement. Pour tous.

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