10 Octobre 2026
J’ai l’honneur et la chance d’être invité par Viktor Lazlo à participer au prochain Festival en Pays Rêvé, qui se déroulera en Martinique du 16 au 22 novembre 2026. Pour sa cinquième édition, cette manifestation réunira des voix venues de plusieurs horizons, parmi lesquelles Yanick Lahens, Mohamed Mbougar Sarr, Marijosé Alie, Marie-Line Ampigny, Julien Delmaire ou encore Souleymane Diamanka. Et tant d’autres... Une belle occasion de rencontrer celles et ceux dont les mots nous font voyager, réfléchir et regarder autrement notre propre vie.
J’y présenterai mes deux derniers ouvrages, Ti Prince, paru aux éditions Salvator, et L’écho d’avant, aux éditions L’Harmattan. Je me réjouis à l’idée de ces échanges, car un livre poursuit son chemin à travers ceux qui le lisent. Les lecteurs y découvrent des résonances auxquelles l’auteur n’avait pas toujours pensé, au point même de le faire bouger, évoluer. Il est fort à parier que mes deux romans n’en sortiront pas indemnes...
Mais au-delà du plaisir personnel d’y participer, je voudrais souligner la chance que représente ce festival pour la Martinique. Pendant une semaine, la littérature ira à la rencontre de publics nombreux, dans les écoles, les médiathèques, les mairies et les lieux de proximité. Elle entrera dans le quotidien du pays, à portée de celles et ceux qui fréquentent déjà les livres... ou pas encore.
Cette démarche est essentielle, car le goût de lire naît souvent d’une rencontre : un enseignant qui lit une page à voix haute, un ami qui vous tend un roman, un écrivain que l’on écoute. Soudain, le livre devient accessible. On a envie de l’ouvrir, de savoir la suite, de prolonger la conversation.
Commence alors un temps de liberté, un temps ou l’esprit s’affranchit des passions tristes pour vagabonder d’un imaginaire à l’autre, où l’horloge n’a plus de prise. Mmm... Quel meilleur antidote aux crises du monde que la lecture lente ? Quel meilleur remède aux angoisses existentielles qu’une plongée dans ces vies d’auteurs ? Et quelle joie d’aimer lire ! Pour éveiller ce goût, laissons à chacun sa part de plaisir, de surprise et de liberté. Le droit de choisir son livre, d’en abandonner un, d’en dévorer un autre. Le bonheur de rire, de trembler, de reconnaître un lieu ou de s’attacher à quelqu’un qui n’existe que sur le papier.
Et, cerise sur le pain-doux, ce plaisir nourrit une faculté dont nous avons un besoin urgent : l’esprit critique.
Nous passons nos journées d’écran au milieu d’affirmations, d’images et de commentaires qui sollicitent une réaction immédiate. À peine une information apparaît-elle qu’il faut déjà choisir un camp, s’indigner ou approuver. Dans cette roue de hamster, quelle place reste-t-il pour examiner un argument ou comprendre un contexte ?
Seule la lecture nous offre ce temps ralenti de suivre une pensée jusqu’au bout, de revenir sur une phrase, de confronter des points de vue. Un roman nous fait éprouver de l’intérieur une existence différente de la nôtre. Un essai nous invite à discuter un raisonnement. Et même à éprouver sereinement un désaccord.
Bien sûr, les livres aussi peuvent tromper ou enfermer. L’histoire regorge d’exemples funestes où des mains ont saisi des armes après avoir refermé des pages. Mais une lecture curieuse, diversifiée, attentive constitue malgré tout le premier carburant de l’esprit critique, le dernier rempart aux nécroses mentales.
Alors oui, plus que jamais, il faut réveiller l’envie de lire, stimuler l’appétit de lecture pour jouir pleinement de nos libertés et remettre ce triste monde à l’endroit.
C’est cette ambition que je veux saluer dans l’initiative de Viktor Lazlo. En rapprochant auteurs et lecteurs, elle crée des occasions formidables de découverte et de dialogue. Et des envies. Son festival donne à la littérature une présence vivante sur notre territoire malade. Une présence si nécessaire, si utile, que les (bons) livres devraient figurer au bas de chaque ordonnance médicale et être remboursés par la sécurité sociale.
Allons donc aux rencontres. Emmenons nos enfants, invitons un ami, osons une question. Parmi ceux qui pousseront une porte cette semaine-là, combien ouvriront ensuite un premier roman ? Puis un deuxième ? Combien découvriront un auteur qui leur donnera envie d’en lire dix ?
Festival en Pays Rêvé – Martinique, du 16 au 22 novembre 2026. Programme : https://festivalenpaysreve.fr/edition-2026.