31 Janvier 2026
Le constat est amer, pour ne pas dire incendiaire. Alors que le réseau de transport martiniquais semble en état de mort cérébrale, la Collectivité Territoriale de Martinique vient de trancher : ce sont, une fois de plus, les entreprises qui paieront la facture de l’incompétence.
Depuis des mois, les usagers du Centre et du Nord vivent un calvaire quotidien. Entre le TCSP régulièrement paralysé au Lareinty, des bus cloués au dépôt pour défaut de maintenance et une absence totale de service minimum, la mobilité en Martinique n’est plus qu’un concept théorique. En mai 2025, vingt lignes du Centre ont été suspendues simultanément. Un record de défaillance qui ne semble pourtant pas freiner les ardeurs fiscales de nos élus.
Le 29 janvier 2026 restera une date noire pour le monde économique local. En votant le passage du taux plafond du Versement Mobilité de 2 % à 3 %, la CTM impose, sans la moindre concertation, une hausse brutale de 50 % de cette taxe ! Le calcul est simple : 33 millions d’euros supplémentaires seront pompés chaque année dans les poches des entreprises. 33 millions d’euros de moins pour l’emploi !
C’est une décision non seulement irresponsable, mais profondément scandaleuse. Dans un contexte de lutte acharnée contre la vie chère, augmenter les charges des entreprises revient mécaniquement à renchérir le prix final pour le consommateur. On ne peut pas signer des protocoles contre l'inflation le lundi et voter des taxes records le mardi.
En endossant cette nouvelle habilitation assortie d’une capacité grisante de “lever l’impôt”, la CTM serait bien inspirée de faire sienne la devise du célèbre penseur américain Superman : “un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.”
Car le plus insupportable dans cette dérive, c’est l’absence totale de remise en question interne. Martinique Transport voit ses coûts d’exploitation exploser (+8,6 % en un an) sans qu'un seul kilomètre supplémentaire ne soit parcouru de manière fiable.
Et pendant que l'on taxe les créateurs d'emplois, la fraude, elle, se porte à merveille : jusqu’à 60 % de pertes dans certains secteurs ! Plutôt que de sécuriser les recettes existantes et de rationaliser un fonctionnement bureaucratique pléthorique (75 agents pour une gestion de crise permanente), la collectivité choisit la facilité : le matraquage fiscal.
Investir des centaines de millions dans des extensions vers le Sud ou l’Est alors que le réseau actuel ne tient qu’avec du ruban adhésif est une hérésie. Avant de demander un centime de plus aux entreprises, la CTM doit prouver qu'elle sait gérer l'argent qu'elle possède déjà. Elle doit au minimum réaliser et partager un bilan de l’existant et une évaluation claire des projets. Les entreprises de Martinique ont des propositions concrètes à faire en la matière, des propositions consignées dans le livre blanc de la mobilité “feuille de routes” et disponibles au débat public.
Par son coup de fusil fiscal sans sommation, le message envoyé aujourd'hui par la CTM est désastreux : peu importe la médiocrité du service, le contribuable finira toujours par éponger l'ardoise, doit-il en souffrir, doit-il en mourir. Il est temps de rompre avec ce modèle de gestion à vue qui sacrifie l’économie de l’île sur l’autel de l’affichage politique.
Quelques données chiffrées pour fixer les idées :