Idées, projets, vision... pour faire bouger le pays, les gens et les marques en Martinique et ailleurs...

Laisse-moi te dire

Quand les écrans de nos enfants sont des grenades dégoupillées...

Quand les écrans de nos enfants sont des grenades dégoupillées...

Le gouvernement français œuvre désormais à l'application stricte d'une « majorité numérique » dès la rentrée 2026. Il a raison, car il s'agit d'une urgence de civilisation. Aujourd’hui, laisser un enfant de 11 ou 12 ans seul sur TikTok ou Snapchat, c’est comme le laisser traverser la rocade à l’heure de pointe, les yeux bandés ou lui mettre une arme létale entre les mains. Les risques ne sont plus des hypothèses : mise en danger direct, (harcèlement, pédocriminalité, pornographie, violence...) mais aussi insomnie, perte d'attention, effondrement des capacités cognitives... on dénombre en France pas moins de 590.000 cas de dépression supplémentaires chez les jeunes, liés à l’usage abusif des écrans !

Dans ce « Far West » sans loi, l'estime de soi s'effondre sous le poids de la comparaison permanente et de la quête effrénée de « likes ». En Martinique, comme ailleurs, le fléau du cyberharcèlement ne s'arrête plus à la fin des cours : il se poursuit dans la poche, sous les draps, avec des insultes qui tournent en boucle 24h/24, et aboutissent parfois à des suicides. Ces plateformes, régies par l'algorithme de l'addiction, sont conçues pour captiver et spolient le sommeil, le temps dédié au sport et, surtout, le temps de la vie réelle. Et c’est normal, car l’algorithme n’est pas au service de la liberté d’expression (comme certains naïfs le croient encore) mais bien au service du fric de “l’économie de l’attention” tenue par quelques GAFAM.

Le projet de loi actuel veut structurer la protection : blocage par défaut avant 15 ans, contrôle de l’âge certifié et pause obligatoire du temps d'utilisation. Si les géants du Web refusent de jouer le jeu, l'amende pourra atteindre 1 % de leur chiffre d'affaires mondial. Mais il faudrait aller plus loin. Pour sanctuariser l'enfance, nous devons lever le masque de l'anonymat. Comment pouvons-nous encore accepter de dialoguer avec des malfrats encagoulés ou des robots russes ? L’anonymat numérique est le premier levier des discours débridés de haine, de racisme, de violence, mais aussi des nouvelles guerres hybrides : il permet de miner la confiance, de polariser les opinions et d'abreuver nos actualités de mensonges fabriqués. 

Il est également temps de décréter l'interdiction totale des portables dans les écoles, collèges et lycées, et - au minimum - de systématiser les casiers de récupération à l'entrée de chaque salle de classe. L’école doit redevenir le lieu de la « présence réelle » et du « temps partagé ». Rendons aux enfants le luxe de la lenteur et du regard qui accroche sans raison.

Comme je le souligne dans mon dernier livre, L'Écho d'avant (L’Harmattan), nous gagnons en confort et en immédiateté ce que nous perdons en épaisseur humaine. Le progrès n’a de sens que s’il reste au service de notre nature, et non l'inverse. Protéger nos enfants du « Flux », c'est leur permettre, un jour, de relever la tête pour enfin... revoir la mer, jouer au foot dans une cour d'école, vibrer d'émotion au partage d'un livre, d'un repas en famille, d'un cinéma de quartier...

Partager cet article
Repost1
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article