10 Juillet 2025
Ce jeudi 10 juillet, le CIOM s’est tenu à Paris sous la présidence du Premier ministre François Bayrou, avec à ses côtés le ministre d’État en charge des Outre-mer, Manuel Valls. Un rendez-vous attendu comme un « moment fondateur » d’une nouvelle relation entre l’État et les territoires ultramarins. Mais à la lecture attentive du document de restitution, une question persiste : à force de contourner les véritables leviers de justice économique et sociale, la République ne raterait-elle pas une fois de plus son rendez-vous avec ses Outre-mer ?
François Bayrou évoque une « promesse républicaine d’égalité », Manuel Valls parle d’un « pacte d’ambition, de confiance et de respect ». Une attention appuyée est portée à Mayotte, dévastée par l’ouragan Chido, qui bénéficie d’un plan de reconstruction et de refondation inédit, doté de 4 milliards d’euros. L’archipel devient, en quelque sorte, le laboratoire d’une nouvelle méthode interministérielle de pilotage.
Mais si Mayotte polarise l’attention – à juste titre –, qu’en est-il des autres territoires, notamment les Antilles françaises ? La Martinique, la Guadeloupe ou encore la Guyane, elles aussi confrontées à des crises sociales profondes, à des contraintes structurelles qui pèsent sur les porte-monnaies et à un chômage endémique, attendent plus que des intentions.
Le gouvernement annonce un futur projet de loi et quelques mesures techniques ciblées principalement sur les acteurs économiques : renforcement du Bouclier Qualité Prix (BQP), transparence accrue via les OPMR, et meilleure gouvernance locale. Le discours repose sur cinq piliers : concurrence, transparence, exigence, renaissance économique, et bon sens.
Mais à y regarder de près, les grands absents du dispositif en disent long sur les hésitations de l’État à agir sur les causes profondes de la vie chère :
À la place, et comme pour mieux se défausser, le CIOM (ou plus précisément, le projet de loi Valls) pointe du doigt les seules entreprises étouffées déjà par mille contraintes structurelles. Il accable un peu plus les distributeurs Antillais de contrôles, de mesures et de pressions ; il prend le risque de les affaiblir d’avantage, tout en nourrissant le mythe démagogique que notre pouvoir d’achat territorial peut se passer de grands distributeurs forts. Mensonge !
La feuille de route présentée aborde bien des sujets : logement, santé, éducation, souveraineté alimentaire, sécurité. Pour les Antilles, on note quelques avancées : rénovation de logements étudiants, soutien aux agriculteurs, nomination de conseillers diplomatiques, plans de coopération régionale.
Mais là encore, les solutions proposées semblent trop éparses pour répondre à l’urgence d’une relance cohérente. Une relance que la Zone Franche Sociale pourrait réveiller enfin ! Où sont les grands investissements structurants ? Où est la réponse à la désindustrialisation, à l’exode des jeunes, à la dépendance croissante à la commande publique ?
Le CIOM se veut un moment de "transformation continue". Il annonce des CIOM locaux dans chaque territoire et promet un bilan en fin d’année. Mais sans l’ambition forte de rompre avec 30 ans de mal-développement, ses résultats risquent d'être décevants...
Car la vérité est là : tant que l’État continuera d'éviter les réformes structurelles – celles qui touchent aux grands déséquilibres démographiques, à l’effondrement d’attractivité, au mal-développement structurel, aux difficultés d’entreprendre et de créer des emplois, il manquera l’essentiel.
La Martinique, comme les autres territoires ultramarins, n’a plus besoin de discours généreux. Elle a besoin de cap, de justice et d’audace. La “promesse républicaine d’égalité” dont parle François Bayrou doit être la “continuité territoriale”. Le “pacte d’ambition” dont parle Manuel Valls doit être la “Zone Franche Sociale”. C’est tout.