13 Juillet 2025
Le 20 février 2025, à la Barbade, la Martinique a franchi un cap symbolique en signant son adhésion à la CARICOM en tant que membre associé. Cette intégration régionale, longtemps rêvée, souvent reportée, est désormais en passe de devenir réalité. À travers ce geste diplomatique, c’est une ambition affirmée d’ancrage caribéen qui s’exprime. Mais cette ambition n’est pas sans risques. Et elle ne pourra produire ses effets que si des décisions courageuses sont prises, ici, en Martinique.
Créée en 1973 par le traité de Chaguaramas, la CARICOM rassemble aujourd’hui 15 États membres et 5 membres associés. Elle vise à renforcer l'intégration politique, économique et culturelle des territoires de la Caraïbe. La Martinique, en tant que collectivité non souveraine, y rejoint des territoires comme Anguilla ou les îles Caïmans : elle n’aura pas de voix délibérative, mais pourra participer aux échanges techniques et bénéficier de coopérations ciblées.
Cette adhésion, rendue possible par les dispositifs de coopération régionale prévus à l’article 73 de la Constitution française, repose sur un fragile équilibre entre action locale et aval de l’État. Et elle reste, à ce jour, conditionnée à la ratification par le Parlement français d’un accord encadrant les privilèges et immunités de la CARICOM en Martinique.
Pour autant, cette ouverture régionale ne saurait être un simple affichage diplomatique. Elle doit être l’occasion de refonder notre stratégie économique, de réduire notre dépendance à l’Europe, et de renouer avec notre espace géographique naturel.
Mais là où certains y voient une opportunité, d’autres soulignent les menaces.
La Martinique entre dans une communauté caribéenne aux économies souvent plus souples, plus compétitives, et moins contraintes par les normes sociales, fiscales ou environnementales européennes. Le coût du travail, le niveau de vie, et les charges d’exploitation y sont, dans la plupart des cas, bien moindres que chez nous.
Dans ce contexte, comment nos entreprises locales pourront-elles rivaliser avec une vague d’importations régionales à bas prix ? Comment protéger ce qu’il reste de notre production, déjà fragilisée, sans adaptation de notre modèle économique ?
Seule une réforme structurelle – audacieuse, ciblée, territorialisée – pourra permettre à la Martinique de jouer à armes (à peu près) égales avec ses voisins. Réduction du coût du travail, exonérations ciblées, facilitation des exportations : voilà les conditions minimales pour faire de cette adhésion un levier, et non un piège.
D’autant que, paradoxalement, la coopération régionale existe déjà... par nos entreprises privées. Le groupe GBH, pour ne citer que lui, s’est implanté avec succès dans plusieurs pays du CARICOM. Cette réalité n’est pas anodine. Elle montre que nos capacités de projection existent, et qu’une dynamique économique caribéenne est possible dès lors que les conditions de compétitivité sont réunies.
Reste à savoir si le président du Conseil exécutif, Serge Letchimy, architecte politique de ce rapprochement régional, saura dépasser les antagonismes historiques avec certains groupes économiques locaux pour les considérer, enfin, comme des partenaires de développement régional. Ce serait un signal fort, à la fois économique et politique.
Oui, l’adhésion à la CARICOM peut être une opportunité. Mais sans stratégie offensive et cohérente, elle risque d’exposer la Martinique à une nouvelle forme de dépendance, cette fois-ci venue du sud.
Il ne tient qu’à nous d’écrire cette nouvelle page avec lucidité, solidarité… et courage.