Laisse-moi te dire

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Quand la ville ardente inaugure son grand musée...

Quand la ville ardente inaugure son grand musée...

Grace à la volonté conjointe du maire de Saint-Pierre, Christian RAPHA et du président de la Fondation Clément, Bernard HAYOT, la Martinique dispose enfin d’un musée digne du tragique évènement qui détruisit la ville et ses 30.000 habitants en ce triste matin du 8 mai 1902.

Un mois après les Ateliers de Saint-Pierre, le musée Frank Perret ouvre ses nouvelles portes, et marque le réveil de la citée ardente dont l’ambition est maintenant de rayonner bien au-delà de ses frontières.

Il a donc fallu la volonté sans faille de deux hommes, l’engagement absolu de leurs équipes, le talent de l’architecte Martiniquais Olivier COMPERE et un budget d’1,5 millions d’euros pour réveiller ce lieu de mémoire qui fait déjà la fierté de la Martinique.

Le musée Frank Perret, mémorial de la catastrophe de 1902, est désormais un bâtiment moderne de 120m2, doté d’une riche collection d’objets marqués par le drame, dont la mise en scène plonge le visiteur dans la vie de Saint-Pierre autour de l’éruption.

Lors de son inauguration le 7 mai 2019, Bernard HAYOT a prononcé un discours visionnaire que nous vous livrons in extenso :

C’est avec fierté, Monsieur le Maire, que nous inviterons dans quelques instants tous ceux qui sont ici ce soir à visiter la nouvelle exposition permanente du musée Frank Perret – Mémorial de la catastrophe de 1902.

Avec votre conseil municipal, vous avez choisi, il y a moins de 5 mois, de confier la destinée du plus ancien musée de la Martinique à la Fondation Clément pour les 7 prochaines années dans le cadre d’une délégation de service public. 

Je mesure avec humilité l’honneur que représente cette responsabilité.

Notre tâche sera d’assurer la conservation d’une collection unique d’objets, témoins de la catastrophe qui anéantit Saint-Pierre et sa population le 8 mai 1902, afin que les générations futures puissent aussi connaître leur histoire. 

En 1933, la création par Frank Perret du musée qui porte aujourd’hui son nom, marquait la capacité de la Ville à se relever de ses cendres. La dénomination « Mémorial de la catastrophe de 1902 » est venue s’ajouter au nom historique du fondateur Frank A. Perret.

Il s’agit de marquer la nouvelle orientation du lieu, moins tournée vers un contenu à caractère volcanologique déjà traité par le Centre de découverte des sciences de la Terre à Saint-Pierre ou par la Maison des volcans au Morne-Rouge, au profit d’une approche plus culturelle de la catastrophe qui met en avant le drame vécu par les Martiniquais et son retentissement mondial.

Ce nouveau lieu de mémoire présente aussi le nom de 7 045 victimes identifiées à ce jour. Inscrits au cœur du musée, ces noms constituent l’essence même du mémorial.

Ce musée sera ouvert 365 jours par an afin que les visiteurs du monde entier mais aussi tous les Martiniquais et en premier lieu les Pierrotins puissent y accéder à tous moments.

Afin de célébrer cette réouverture le musée sera ouvert gratuitement au public jusqu’au 31 mai.

Nous avons confié à l’architecte Olivier Compère la mission de rénover ce bâtiment. La tâche était délicate, tant les contraintes architecturale et patrimoniale étaient nombreuses et les délais extrêmement courts.

A partir du bâtiment initial de 1933, modernisé en 1969, Olivier Compère a imaginé une façade contemporaine en bois brûlé, un geste symbolique à la fois sobre et puissant au cœur de la ville.

Ce chantier était un défi. Je tiens à saluer l'implication et le travail remarquable de Florent Plasse, de Colette Sorel, d’une vingtaine d’entreprises martiniquaises et des dizaines de techniciens qui se sont mobilisés pendant 5 mois pour permettre cette transformation spectaculaire. 

Le parcours de visite a été entièrement repensé par une équipe composée de la muséographe Delphine Bailly, de la scénographe Corinne Marchand et du graphiste Bastien Morin sous la direction scientifique de Marie Hardy-Seguette et de Jeanne Cazassus-Bérard.

Grâce à une convention de dépôt signée entre l’État et la Ville de Saint-Pierre le 5 avril dernier en présence du ministre de la Culture, M. Franck Riester, l’exposition permanente du musée présentera de nouveaux objets issus des fouilles archéologiques menées à Saint-Pierre depuis trente ans et jusqu’alors conservés à la Direction des affaires culturelles de la Martinique à Fort-de-France. 

Tout récemment, Madeleine de Grand-Maison, dont chacun connaît l’engagement de longue date au service du Patrimoine de ce pays, nous a offert le livre de Franck Perret dédicacé par ce dernier en 1935 au gouverneur de la Martinique Jacques Louis Fousset. Un ouvrage rare qui ira enrichir la bibliothèque du musée.

La rénovation du Musée Frank Perret s’inscrit dans une nouvelle dynamique de développement culturel et patrimonial de la ville de Saint-Pierre. 

Il y a quelques semaines, la Fondation du patrimoine a décidé de financer le projet de ravalement des façades des rues principales de la ville dans le cadre de la mission Stéphane Bern pour 2019. 

Ce chantier viendra s’ajouter à la réhabilitation de l’esplanade où nous sommes réunis ce soir.

Je crois que, bien que beaucoup de choses aient été détruites, la Martinique dispose d'un patrimoine d'une vraie richesse dont la rénovation peut créer durablement de la valeur pour les générations futures.

Personne ne peut contester que le tourisme doit devenir un élément essentiel de notre économie. La dimension actuelle du tourisme en Martinique est tout à fait insuffisante.

Dans notre île, les plages sont un élément évidemment important de notre attraction touristique mais chaque île de la Caraïbe ou presque dispose aussi et quelquefois bien plus que nous de cette richesse naturelle.

Par contre notre Patrimoine est une richesse dont  beaucoup d'autres îles autour de nous sont moins dotées.

Patrimoine architectural, culturel, artistique, vulcanologique… nombreuses sont les communes, nombreux sont les sites du nord au sud de notre île où des choses sont à montrer, des histoires à raconter.

Une mobilisation du monde de l'entreprise, de tous ceux qui ont un rôle à jouer dans le développement de ce pays est nécessaire.

Sauvons notre Patrimoine, mettons hors de danger ce qui doit l'être.

Mais ne nous arrêtons pas là, valorisons tout ce qu'il est possible de valoriser.

Rêvons ensemble d'une Martinique où le visiteur aura 10 fois dans la journée des lieux à visiter, des spectacles à voir, des histoires à découvrir.

Entreprise depuis quelques années par certains, cette action a déjà permis de belles réalisations.

Le jardin de Balata est un chef d'œuvre de mise en scène de la botanique tropicale visité par 150.000 personnes.

Dans le cadre du spiritourisme, les distilleries de la Martinique ont accueillis 500.000 visiteurs en 2018.

À Sainte-Marie, le groupe La Martiniquaise va bientôt ouvrir au public une habitation du 18ème siècle entièrement rénovée. Un magnifique travail.

Bientôt, la maison d'Aimé Césaire, le plus célèbre des fils de ce pays sera ouverte au public.

La Martinique a vu naître d'autres grands hommes. Racontons leur histoire, leur vie, au service de ce pays.

C'est ainsi qu'à l'initiative de son président Alfred Marie-Jeanne, la CTM a ouvert récemment un très beau musée qui abrite et met à la disposition du public la remarquable collection du révérend Père Pinchon, botaniste et ornithologue de renom.

Cyclones, incendies et intempéries ont eu raison de beaucoup de constructions qui faisaient partie de notre patrimoine. Sauvons et valorisons ce qui reste encore debout.

À l'heure où l'incendie de Notre-Dame frappe au cœur tous les Français et pas seulement les chrétiens, portons plus d'attention à ce patrimoine que sont nos églises de Martinique.

L'église de Macouba ou le Sacré Cœur de Balata ont une vraie valeur architecturale.

L'église de Basse-Pointe est en ruine. Rénovons-la comme celles du Lorrain ou du Carbet qui l'ont été de très belle manière.

Actuellement l'Archevêque de la Martinique Monseigneur Macaire appelle à une mobilisation en faveur de notre Patrimoine religieux.

D'autres initiatives sont à soutenir. La maison du Bèlè à Sainte-Marie fait vivre une très belle tradition.

Mesdames et messieurs me voilà parti dans mon rêve que je voulais en fait partager avec vous à l'occasion de la réouverture de ce musée qui est au cœur de l'histoire de ce pays.

Tout cela pour vous dire que nous avons dans cette île une richesse immense à valoriser.

Mon rêve est ambitieux mais vous aurez néanmoins compris que l'ampleur de la tâche est telle qu'elle doit être collective.

La Fondation Clément peut être force de proposition, animatrice d'un groupe de mécènes qui avec les élus de ce pays, pierre par pierre, s'attèlera à la rénovation du Patrimoine de la Martinique.

Un travail de longue haleine, certes, mais qui portera les fruits d'une nouvelle richesse, celle du tourisme culturel et nous attirera la reconnaissance des générations futures.

À ce titre, je dois saluer l'engagement de Yan Monplaisir qui dans ses fonctions de Vice-président de la CTM s'emploie à mobiliser toutes les bonnes volontés pour rendre possible un certain nombre d'initiatives patrimoniales.

Mesdames et messieurs me voilà au terme de mon propos.

Merci à vous Catherine Conconne, sénatrice de la Martinique qui avez toujours soutenue ce projet. Merci à vous Monsieur le Préfet de la Martinique qui avez cru à ce projet et qui grâce à votre engagement en a facilité la réalisation. Merci à vous Monsieur le Maire de Saint-Pierre et à votre conseil municipal qui avez fait confiance à la Fondation Clément en lui remettant pour sept ans, les clefs de ce haut lieu de l'histoire de la Martinique. 

Mesdames et messieurs merci.

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