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Quand l'autorité de la concurrence réhabilite enfin nos entreprises...

Quand l'autorité de la concurrence réhabilite enfin nos entreprises...

Pendant des mois, une certaine « pensée unique », prompte à désigner des coupables idéaux plutôt qu’à analyser des mécanismes complexes, a traîné nos entreprises de distribution dans la boue. On les a accusées de tous les maux, d’être des profiteurs, des “étouffeurs”, bref, d’être les seules architectes de la vie chère en Martinique. Le verdict vient de tomber, et il est sans appel : l’avis de l’Autorité de la concurrence publié ce 10 février 2026 vient clore ce mauvais procès. Il était temps !

Et l’analyse est claire : les marges pratiquées par les acteurs de la grande distribution en Martinique sont pratiquement les mêmes que celles observées dans l’Hexagone. Mieux encore, si l’on regarde de près, la rentabilité nette des supermarchés martiniquais est même négative (-1,4 %), contre une rentabilité positive dans l'Hexagone.

Loin d'être des « profiteurs », nos distributeurs luttent au contraire pour maintenir un équilibre économique précaire dans un marché étroit, tout en subissant des coûts – et des coups - que personne ne voulait voir jusque là.

Le rapport confirme enfin ce que nos entrepreneurs crient dans le désert depuis des années : l’écart de prix de 40 % sur l’alimentaire ne vient pas des profits, mais des contraintes locales et des frais d’approche. Entre 2019 et 2024, ces frais ont bondi de 19 %, représentant désormais un tiers du coût d’achat des marchandises. Logistique, transport maritime, stockage, et surtout la pression fiscale locale (Octroi de mer et TVA) constituent un mur inflationniste, qui ne relève en rien de la responsabilité des entreprises.

En moyenne, pour un distributeur, les frais d’approche génèrent un surplus de 50 % sur le coût d’achat métropolitain. Voilà la réalité. Le reste n'est que littérature politique.

En clair, si la vie est plus chère ici, ce n’est pas à cause des entreprises. C’est à cause :

  • de l’étroitesse des marchés
  • des frais d’approche liés à l’importation des marchandises
  • de la fiscalité locale ; octroi de mer, versement mobilité...
  • des dysfonctionnements de nos services publics : transport, gestion des déchets, etc

Ces vérités ont été dites et redites des centaines de fois, mais “il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre !” Et puis, c’est tellement plus confortable de désigner un bouc émissaire facile...

En réalité, le problème de la Martinique n'est pas tant un problème de prix — car l'insularité et l'éloignement rendront toujours la vie plus chère ici qu'à Corbeil-Essonnes — mais un problème de revenus et d’emplois.

Pour redonner de l'air aux Martiniquais, il est temps de redonner de l’air aux entreprises (seules créatrices de richesse), en ouvrant le débat sur quelques chantiers stratégiques :

  • La Zone Franche Sociale en supprimant les charges patronales et salariales du secteur privé. Voilà un levier efficace pour transformer directement le salaire brut en salaire net, doper le pouvoir d'achat et relancer l'emploi sans attendre une hypothétique baisse des cours mondiaux.
  • La refonte des services publics en les rendant plus performants et moins coûteux pour la collectivité ;  Il faut cesser de taxer les entreprises pour compenser une administration surabondante, notamment en matière de mobilité et de gestion des déchets.
  • L'intégration régionale en dépassant le carcan hexagonal pour diversifier nos approvisionnements dans la Caraïbe.
  • Enfin, il faudra oser ouvrir le débat de la sur-rémunération des fonctionnaires, notamment des nouveaux entrants. Conçu en 1950, ce système interroge aujourd'hui sa légitimité face à la fracture sociale qu'il entretient avec le secteur privé et ses effets inflationnistes mécaniques sur le marché local. L'idée consisterait à redéployer plus justement ces montants vers l’ensemble des Martiniquais, en finançant par exemple des dispositifs de continuité territoriale.

Le procès fait aux entreprises était une diversion. Maintenant que les faits sont là, nos élus n'ont plus d'excuses. Soutenir l'entreprise locale, c'est soutenir l'emploi et le revenu. Es nou paré ? Anou fey !

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