Les poèmes du dimanche

Dimanche 21 novembre 2010 7 21 /11 /Nov /2010 00:05

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte. Après Quare, sonnet intime, goûtons aujourd'hui au doux bonheur que procure le foyer familial.

 

maison-fleurie.jpg

 

Heureuses les demeures...

 

Heureuses les demeures

Où sourit tant d'amour.

Le pain de chaque jour

Calme la faim des heures.

 

Ici la joie demeure

Tout s'éveille alentour,

Afin que le grain meure

 Et renaisse à son tour.

 

Là, votre vie s'écoule

Ainsi la vigne enroule

Ses pampres au soleil,

 

Jusqu'à l'heure propice

Des grappes qui mûrissent

Dans le bon vin vermeil.

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 14 novembre 2010 7 14 /11 /Nov /2010 00:43

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte. Après les "Croquis Pierrotains" et les "Génies familiers de maison", feuilletons maintenant des sonnets plus intimes : amour, tristesse, mélancolie, doutes... des sentiments profonds habillés de vers...

 

Quare

 

Qu'à ceux qui ont pleuré, souffert et combattu,

Tu ne voulus donner toujours la récompense,

Je la comprends, Seigneur, ta divine vengeance

Et n'en suis révolté mais ni même abattu !

 

Pourquoi toi dont le cœur de lis est revêtu,

As-tu jeté dans une aveugle indifférence,

Sur le roc infécond de fertiles semences,

Et l'ivraie à la bonne terre, et permis-tu

 

Que l'oubli sur l'amour, ô mon Dieu, puisse éclore,

Que l'amour sur l'oubli puisse fleurir encore ?

L'amour, l'oubli, la joie et la terreur des nids !

 

Aux uns de tout garder, aux autres de tout rendre,

(Et comme Job, ton nom soit à jamais béni)

A moi de tout donner... Elle de tout me prendre !

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 7 novembre 2010 7 07 /11 /Nov /2010 00:15

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte. Aujourd'hui, un sonnet qui propose une origine mythologique à la naissance des balaous, ces petits poissons agentés qui cisaillent la surface des eaux de Saint-Pierre...

 

balaou-laisse-moi-te-dire-laissemoitedire.jpg

 

Le vieux Neptune est vieux, si vieux, si vieux, si vieux,

Que sa barbe ondulant en molles longueurs d'onde

Ayant fait sous la mer trois fois le tour du monde

Chatouille son dos maigre et son fémur cagneux.

 

Aux poils rudes frottant parfois sa tête blonde

Amphitrite l'invite à des jeux amoureux :

Eros n'éveille plus son vieux cœur soucieux

Et la belle pour un baiser se dévergonde !

 

Le morose vieillard, grognant entre ses dents

De l'importune ardeur, du plat de son trident,

Se garde ; et si soudain son geste qui zigzague

 

Que la pointe en éclats sur les toits de la mer

Vole et siffle, retombe et rebondit dans l'air

Et comme un trait d'argent se fiche au cœur des vagues !

 

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 31 octobre 2010 7 31 /10 /Oct /2010 00:55

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte. Septième sonnet des "génies familiers de la maison", après le Frigidaire, la cuisinière, la tarte à l'oignon, le piano, la christophine, et la melongène. Aujourd'hui, un petit compagnon des terrasses martiniquaises...

 

anoli-laisse-moi-te-dire.jpg

 

L'art d'Annam saurait bien dans un jade très vert

 Modeler ton corps frêle en un bijou mystique

 Pour garder, tel un sphinx aux poses hiératiques

 Une gorge de femme et son tendre désert !

 

 Un atome du sang auguste de Fafner

 Rayonne en ta prunelle aux reflets magnétiques ;

 Et dans son blanc tombeau de pierre jurassique

Ta race dort encor au-dessous de la mer !

 

Ô dragon familier, chétif insectivore

En toi l'âme revit des grands tyrannosaures

Qui dans l'ombre happaient leur proie avec leurs dents.

 

Hélas ta bouche inerme aux tendres alvéoles

Peut encor d'un éclair invisible et gourmand

Happer l'absence... Ici d'un ver de pois d'angole !

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 24 octobre 2010 7 24 /10 /Oct /2010 00:02

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte. Sixième sonnet des "génies familiers de la maison", après le Frigidaire, la cuisinière, la tarte à l'oignon, le piano, et la christophine, un autre légume des assiettes martiniquaises : l'aubergine melongène... 

 

melongene-aubergines-martinique.jpg

 

Paresseuse, tu dors à l'abri du feuillage,

Gourmande au ventre lourd qui s'étale indécent ;

Violette parfois ainsi qu'un coup de sang,

Ou blanche et rebondie ainsi que femme sage.

 

Foin de la passion, foin du libertinage,

A toi le doux sommeil et les sucs nourrissants ;

Le temps meurt où jadis ton coeur adolescent,

Morose, avait rêvé de troubles cousinages !

 

Et pourtant, le même gène obscur t'unira,

Aubergine la doulce au sombre Datura,

Étrangers l'un à l'autre et pourtant solanées ;

 

Ainsi les Borgia (ô Lucrèce, ô César)

Toi fidèle, toi simple et douce, aimant les arts,

Toi, suant le venin des âmes condamnées...

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 17 octobre 2010 7 17 /10 /Oct /2010 00:42

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte. Toujours dans la série des "génies familiers de la maison", après le Frigidaire, la cuisinière, la tarte à l'oignon, et le piano, un sonnet qui s'interroge sur l'un des légumes les plus populaires de Martinique...

 

christophine-jardin-martinique.jpg

 

Es-tu perle de la couronne d'un grand duc,

Dont l'orient avec une émeraude alterne ?

Es-tu le bilboquet d'un jongleur très paterne ?

Le bout d'un sceptre ou bien la marotte de Pück ?

 

Es-tu poire, placide et tendre et riche en suc ?

Sous la tonnelle es-tu lampion, es-tu lanterne ?

Et dans l'ombre luisant doucement, mâte et terne

Es-tu sorbet, mastic, es-tu marbre, es-tu stuc ?

 

Jarre par le petit bout de lorgnette vue ?

Ou bien confusément sans son manche, massue ?

Montgolfière ou ballon sur son derrière assis ?

 

Es-tu larme écoulée au flanc d'un jeune cierge ?

Ou dans le soir par sa blancheur tout éclairci

Le vol d'une colombe ou le sein d'une vierge ?

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 10 octobre 2010 7 10 /10 /Oct /2010 00:52

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte. Toujours dans la série des "génies familiers de la maison", après le Frigidaire, la cuisinière, et la tarte à l'oignon, intéressons-nous aujourd'hui à un meuble-instrument : le piano. Un sonnet musical...

 

piano-laissemoitedire-laisse-moi-te-dire.jpg

 

La cithare, dit-on, fut l'antique instrument

 Qui d'un dieu très jaloux apaisait la colère ;

 Devant l'arche très sainte aux anges tutélaires

 Elle faisait danser tout l'ancien testament.

 

 Le jeune piano chante pour les amants

 Des airs tristes ; et parfois des chansons très légères

 Pour les jeunes enfants et les vieilles grand-mères ;

Chaque fibre du cœur y vibre isolément :

 

L'air grave de la mort, le doux chant des naissances

Celui des gais retours et des mornes absences

Dorment dans son coffret de fin simarouba ;

 

Selon l'air et le temps qui passent dans notre âme

Il est doux d'y puiser un triste épithalame

Ou d'en faire surgir de très folles rumbas !

 

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 3 octobre 2010 7 03 /10 /Oct /2010 00:14

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte Nous sommes toujours dans la cuisine autour d'un plat qui ne fait pas l'unanimité... Un sonnet léger, juste pour le plaisir.

 

tartes_aux_oignons.jpg

 

 

Les gens d'un naturel difficile

Sont parmi ceux que nous soignons.

Leur "vouloir" est aussi gracile

Que les poils que nous peignons.

 

Pour eux l'effort est inutile

Il faudrait les bourrer de "gnons",

Et pour voir avancer leur file

Il faut les pousser aux rognons !

 

Rien n'y fait, reproche ou menace,

Leur âme semble toujours lasse

Et leur force n'a qu'un moignon...

 

Souvent l'on a le cœur qui saigne

Quand parmi les plats qu'ils dédaignent

 S'esseule une tarte aux oignons !

 
Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 26 septembre 2010 7 26 /09 /Sep /2010 00:32

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Restons dans la cuisine où, à côté du Frigidaire, veille un autre génie familier de la maison...

 

four-a-gaz-gaziniere.jpg

 

Froid je suis, glacé même ainsi qu'acier poli 

Mais mon coeur est brûlant et mes deux yeux de flamme ;

Nulle douceur, hélas, n'émeut jamais mon âme,

Mais je sais attendrir tout ce que j'amollis.

 

Un bleu follet s'agite et gîte en mes replis.

Comus, le dieu jaloux, hante mon amalgame

Son rite est savoureux, alléchant son programme :

Mais un soufflé n'attend ni retard ni d'oubli !

 

La pâte en mon creuset, mollasse et incolore,

Lentement posément s'affermit et se dore

Dans l'odeur du blé mur et des oignons nouveaux...

 

Heureux si la main chère et quelquefois distraite

Par tant d'autres soucis et de menus travaux

Laissait en diamants... changer mes tartelettes !

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 19 septembre 2010 7 19 /09 /Sep /2010 00:50

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Aujourd'hui, nous allons dans la cuisine où somnole un génie familier de la maison : le placide frigidaire...

 

frigidaire-laisse-moi-te-dire-laissemoitedire.jpg

Lentement, mollement la caresse lunaire

 Monte et s'attarde un peu sur le front du mur blanc,

 S'égare sur le buste et chatouille le flanc

 De l'obèse, placide et sage frigidaire.

 

S'éveillant d'un subit émoi, son coeur tremblant

Bat la chamade ainsi qu'un rythme embryonnaire ;

Sa gorge, sous la triple armure réfractaire

Ronronne de plaisir sous ces baisers troublants !

 

Ce n'est plus l'encombrante armoire où cristallise

La Frigorie éparse en étroites banquises

Au bruit sourd du moteur robuste au rythme égal ;

 

C'est un ventre (où s'agite et toujours s'ingénie

Quelqu'esprit familier, quelqu'enfantin génie)

Grotesque au bout de son cordon ombilical !

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Nicolas BORDAS est membre du Comité Exécutif Mondial de TBWA\Worldwide, Président du groupe TBWA\France, ex-Président de l'AACC (jusqu'en 2011), ex-Président du Comité Exécutif du CODICE (jusqu'en 2010), enseignant à Sciences-Po, administrateur de l'ARPP... Et il trouve le temps d'animer quotidiennement son blog et d'écrire "L'idée qui tue", son premier livre paru en octobre 2009 aux Editions Eyrolles.

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