Les poèmes du dimanche

Dimanche 25 avril 2010 7 25 /04 /Avr /2010 00:08

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Aujourd'hui, un sonnet qui nous raconte la verdoyante petite commune du Morne-Rouge, nichée sur les flancs de la Montagne Pelée.

 


Martinique---Morne-Rouge-laisse-moi-te-dire.jpg

 


Dans le petit chemin tout fleuri de framboises

Qui se perd vaguement dans l'ombreuse fraîcheur

Comme une ride au front des douces bonnes sœurs

Avec un vieil abbé, deux amoureux se croisent.


L'âme ici se replie et flotte en la langueur

Qui coule de l'air fade et du ciel gris d'ardoise.

Narcisse vainement poursuit l'ombre narquoise

Qui se dérobe et rit et lui damne le cœur !


Des vêpres cependant, les cloches sonnent l'heure ;

Dorlotant dans le vent son vieux rhume qui pleure

Se hâte lentement la vieille dame en noir ;


Alors on se demande et par quelle gageure,

Le camphre et le gaïac qui doucement écœurent

Se mêlent indiscrets aux parfums d'encensoir !

 

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 18 avril 2010 7 18 /04 /Avr /2010 00:51

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Aujourd'hui, un sonnet qui nous raconte le Trigonocéphale, seul serpent venimeux de Martinique et que l'on ne retrouve nulle-part ailleurs dans la Caraïbe...

 

trigonocephale-anse-dufour-martinique-laisse-moi-te-dire.jpg

 

 

Beau serpent, roi secret des impures ténèbres

Où se complaît ta juste et sauvage fierté,

Dans l'encens délétère où la nuit te célèbre

Tu règnes, impassible et sombre nudité.

 

Ton être vermiforme aux rampantes vertèbres

Ne conçoit pas le vol dans l'air illimité,

D'étreintes ni de jeux qui ne soient pas funèbres,

De combat sans horreur ou venimosité.

 

Quoi ! Jamais tressaillir d'obscure inquiétude,

Ni rêver d'ascender les claires magnitudes

Annelé sur un fin caducée ignescent ?

 

Et là, bandant ton être en ta lutte inégale,

De vaincre, posséder, et couvrir de ton sang

Le Grand Serpent et la Couronne Boréale ?

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 11 avril 2010 7 11 /04 /Avr /2010 00:01

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Aujourd'hui, un sonnet qui nous raconte les raisins de mer qui poussent sur les plages de Martinique; de drôles de petits fruits âcres et doux à la fois...


Raisins-de-mer-Martinique-laisse-moi-te-dire.jpg

 


Le soleil et le vent qui bercent les chloroses

Gorgent le long des jours de sels et de rayons

Ta chair frêle et pourtant lourde d'exhalaisons

Que le sang de la mer transfuse et cyanose !


Ta pulpe avivera les pales lèvres roses

De rouge, violette ou perse floraison ;

Et de lambeaux épars empourprant le gazon

Des bords déchiquetés d'exquises ecchymoses !


Une lèvre de femme avait ce goût de sel,

Chaude comme le sang, âpre comme le gel,

Amoureuse parfois de savante blessure.


Et je sens dans ce fruit ta douceâtre âcreté

Le sauvage velours, la timide âpreté,

De celle où saigne bien une tendre morsure !

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 4 avril 2010 7 04 /04 /Avr /2010 01:15
C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal... Et voici les cocotiers de Sainte-Philomène (sur la plage entre la ville de Saint-Pierre et le Prêcheur) qui frémissent au vent dans un rêve d'envol comme des frégates et des goélands captifs. Mais ils sont prisonniers du sable et de la mer. Alors pour se consoler ils se mettent à travailler ; un travail compliqué, une mystérieuse alchimie : du sable et de la lumière tirer la substance la plus riche au monde : l'huile douce ! Eh bien le coeur humain est semblable à ce bel arbre prisonnier car il crée l'amour plus riche encore que l'huile et le miel.


cocotiers-de-sainte-philomene-martinique-laisse-moi-te-dir.jpg


Les cocotiers puissants frémissent au vent frais

Ainsi que la frégate éploie une aile pure

Éternels prisonniers de la mer sans mesure

Ils consument leur force et leur cœur sans regrets.


Dans le sable affamé leurs troncs souples s'étaient,

Lui disputant encor de maigres nourritures ;

Des sels mystérieux se distillent, s'épurent,

Au faîte où du soleil diffractent les reflets !


Ainsi naissent de toi d'impossibles délices,

Ô cristal desséché, dure et fade silice,

En la métamorphose et de l'huile et du miel !


Notre coeur est semblable au palmier des tropiques

Qui pour voir s'entrouvrir ses fleurs mélancoliques

Doit tirer du Néant l'Amour Essentiel !

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 28 mars 2010 7 28 /03 /Mars /2010 01:11
C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Aujourd'hui, un sonnet qui nous raconte les profondeurs du gouffre marin du Prêcheur, petit village de pêche au nord de la Martinique.


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Les abîmes du Prêcheur

Ici la mer sertit son plus profond saphir

Parmi l'opale, l'améthyste et l'émeraude,

Et pare d'un joyau plus pur que ceux d'Ophir

De la belle en sommeil la gorge brune et chaude.


Muets enchantements des profondeurs où rôdent

La lumière et la nuit du zénith au nadir,

L'horreur et la beauté, le meurtre, la maraude,

Confusions d'ardeur et de pâles désirs,


Aussi troubles que vous mais bien plus incertaines

En sont tes profondeurs, éternelle âme humaine,

Où ton frêle savoir se désespère en vain ;


En vain recherche encor quelle source première

En ton impure nuit répandra la lumière,

Et la paix dans le coeur des abîmes marins ! 

 
Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 21 mars 2010 7 21 /03 /Mars /2010 00:27
C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Aujourd'hui, un sonnet qui nous raconte la verdoyante petite commune de Fonds Saint-Denis, nichée au nord de la Martinique, sur les flancs de la Montagne Pelée.

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Portes d'Enfer (Fonds Saint-Denis)
 

Ô Porte de l'Enfer, paradis des cascades,

De la chaste fraîcheur, vierge ruissellement

De sources, de ruisseaux, de torrents écumants

Dans la pure gaieté des vives cavalcades ;


L'âme, près de franchir ta haute et sombre arcade

Se retourne et veut dire : "arrête un moment,

Vivre est doux, vivre est bon. Nous sommes deux amants,

Va, laisse-nous, ô mort, finir la promenade" !


Hélas, le moment fuit comme l'eau du torrent ;

L'instant n'est qu'un éclair ; ainsi des diamants

Qui vibrent dans l'écume et luisent par saccades ;


Et notre pauvre joie ira clopin-clopant ;

Aveugle, s'en viendra heurter ta colonnade,

Ô Porte de l'Enfer... que garde le Serpent !

(Hippolyte de Reynal)
 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /Mars /2010 13:53

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Aujourd'hui, un sonnet sur l'éruption de la Montagne Pelée en 1902 qui détruisit la ville de Saint-Pierre. Quand la ville Martyre se relèvera-t-elle ?

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Les Champs de lave du Magma


Il est de courts chagrins comme des pleurs d'enfants

Qui passent comme l'ombre et comme la rosée ;

Il est de longues plaies où fermente le sang

Et qui navrent le cœur d'une étrange nausée.


La blessure à ton flanc jamais cicatrisée

A versé son venin dans ton cœur indolent,

Ô ma pauvre île, et t'a longtemps tyrannisée

De sa sourde douleur et de son mal brûlant !


Ô plaines de la mort de larmes arrosées,

Et vous frêles amours, en cendres déposées,

Quand donc revivrez-vous dans le jour renaissant ?


Déjà la lave enfin paisible, exorcisée,

Par des germes obscurs longtemps fertilisée,

A la sève encor pâle infuse un suc puissant !

(Hippolyte de Reynal)


Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 18:37
C'est dimanche, jour du poème. Merci à Alexis qui a exhumé les sonnets martiniquais d'Hippolyte de Reynal et les publie au compte-goûte sur son blog...  

FondsCanonville alexis de reynal laisse moi te dire

Fonds Canonville
 

Quelque vaisseau très las d'un voyage très long

A l'aiguade fermant l'harmonieuse crique

Amène, dans le chaud silence des Tropiques,

Sa voile de misaine et celle d'artimon.


Flibustiers sans vergogne et cadets sans renom

Saluent d'un cri joyeux "les lendemains épiques" ;

Et la fièvre qui brûle en leurs chairs faméliques

Ne laissera demain que la cendre d'un nom !


Un nom qui vibre encor d'une étrange musique,

Dans l'odeur de la poudre et l'encens pacifique,

Où fleurit le pommier, où tonne le canon !


Une cendre qui sur la terre où Dieu l'exile

Tressaille, quand l'écho du "Coffre à mort" répond

A vos lointaines voix, cloches de Corneville !

(Hippolyte de Reynal)

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 28 février 2010 7 28 /02 /Fév /2010 13:35
Mon neveu Alexis a exhumé les poèmes de son grand-père (mon père, Hippolyte) et les publie au compte-goûte sur son blog. Ils ont été écrits au siècle dernier, entre 1930 et 1970, et traitent pour la plupart de sujets martiniquais. Ils n'avaient jamais été "partagés" jusqu'à ce jour. Je vous propose d'en découvrir un chaque dimanche.

Ville-de-saint-pierre-martinique-laisse-moi-te-dire.jpg

Saint-Pierre

 


Mes amis, notre ville est une grande dame,

Une fière indolente aux charmes surannés,

Qui d'un clavecin frêle aux ivoires fanés

Joue de gais menuets ou d'ennuyeuses gammes.


Mes amis, notre ville est une belle femme

Qui pour un peu d'amour nous fera tous damner ;

Qui sait toujours nous prendre et souvent se donner,

Se refuse parfois mais jamais ne réclame !


Le doux rythme marin qui chante au Fonds Coré

Dit les serments qu'elle a tant de fois murmurés,

Et qu'emporte le vent qui souffle de Saint-James ;


Mais le même air jadis, enfants, nous a bercés,

Tari les premiers pleurs que nos yeux ont versés ;

Elle est amante et sœur, en un mot : elle est femme !

(Hippolyte de Reynal)

 

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Nicolas BORDAS est membre du Comité Exécutif Mondial de TBWA\Worldwide, Président du groupe TBWA\France, ex-Président de l'AACC (jusqu'en 2011), ex-Président du Comité Exécutif du CODICE (jusqu'en 2010), enseignant à Sciences-Po, administrateur de l'ARPP... Et il trouve le temps d'animer quotidiennement son blog et d'écrire "L'idée qui tue", son premier livre paru en octobre 2009 aux Editions Eyrolles.

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