Laisse-moi te dire

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Quand l'outre-mer réfléchit à son avenir économique...

Quand l'outre-mer réfléchit à son avenir économique...

Le think tank des économies d'Outre-mer vient de publier un rapport prospectif sur les perspectives de développement pour nos territoires. Un document qui vient enrichir le débat public avec une analyse claire de la situation et des propositions concrètes, qui feront l'objet de débats utiles.

Rapport complet ici.

Voici un extrait du préambule de ce rapport :

Les orientations proposées par le présent rapport partent d‘abord d‘une vision pour les outre-mer, fondée sur le « vivre » et le « faire » ensemble, sur la volonté d‘y faire progresser les pratiques démocratiques pour que celles-ci deviennent exemplaires des territoires porteurs de l‘influence de la France dans le monde et sur la nécessité de responsabiliser davantage les acteurs locaux et nationaux sur les enjeux de développement des territoires ultra-marins. Elles partent ensuite du constat que les politiques de rattrapage conduites depuis plus de 70 ans ont atteint leurs limites et doivent faire place progressivement à des politiques fondées sur un développement mieux ancré dans l‘environnement local et régional.

Ce constat repose sur quelques chiffres clés qui caractérisent aujourd‘hui les départements/régions d‘outremer (DROM) : taux d‘emploi faible, chômage élevé notamment chez les jeunes, part prépondérante des services non marchands dans l‘activité économique, importance du travail dissimulé, très faible couverture des importations par les exportations, grande dépendance par rapport à l‘hexagone, illettrisme et système éducatif peu performant, prix élevés notamment des produits alimentaires et de première nécessité, importance de la délinquance et des violences urbaines et intrafamiliales, persistance des maladies dites tropicales, parallèlement au développement de maladies telles que l‘obésité ou le diabète, services publics insuffisants dans certains territoires (présence médicale) et notamment à Mayotte et en Guyane (écoles, eau potable…) ou à l‘abandon (service de l‘eau aux Antilles), production énergétique encore largement carbonée. Enfin, un grand nombre de foyers sont non imposables, ce qui s‘accompagne d‘un taux de pauvreté très supérieur à celui de la métropole et d‘inégalités plus accentuées. Ces éléments de constat sont très largement partagés.

Le « rattrapage du modèle républicain », revendiqué depuis la départementalisation de 1946 par les leaders politiques ultramarins et les gouvernements successifs, s‘est essentiellement réalisé au niveau social avec un régime de prestations et un droit du travail pratiquement analogues à ceux de la métropole (sauf à Mayotte). Ceux-ci bénéficient à un nombre de foyers beaucoup plus élevé qu‘en métropole si bien qu‘une personne sur 3 outre-mer est couverte par un des minima sociaux. Le volume des prestations sociales distribuées a ainsi permis, en complément des revenus salariaux élevés du secteur public, le maintien d‘une importante consommation des ménages, premier facteur de croissance des outre-mer.

Le rapport met aussi en évidence des insuffisances dans la gouvernance des territoires ultramarins : restrictions budgétaires, tutelle du ministère de l‘intérieur sur la Direction générale des outre-mer (DGOM), affaiblissement de la capacité d‘évaluation, d‘expertise et d‘animation interministérielle des politiques publiques de cette direction qui ne parvient pas à proposer à l‘Etat une vision ambitieuse et rénovée de l‘outre-mer. Parallèlement, l‘Etat déconcentré n‘a pas su s‘adapter aux nouvelles responsabilités des collectivités territoriales par un renforcement de ses fonctions de conseil et de contrôle.

Ce diagnostic des outre-mer ne saurait cependant ignorer des ferments de transformation qui existent déjà au travers d‘initiatives multiples, souvent spontanées et innovantes : mise en valeur de ressources locales, avance reconnue en matière d‘économie numérique, foisonnement de start up. Même si l‘innovation et la recherche sont encore insuffisamment développés et si les « économies vertes et bleues » sont encore plus le fait de colloques que de réalisations concrètes, le potentiel de transformation existe bien.

Au-delà des chiffres clés, le rapport propose des éléments d‘explication en matière de transferts publics, de concurrence, de consommation des ménages ou de comparaison avec les petites économies insulaires et les autres régions ultrapériphériques européennes (ibériques). Ces analyses (antérieures à la crise du covid 19) tendent à considérer que le retour à une croissance plus forte passe par la recherche de gains de productivité, à répartir sous forme de rémunérations et/ou de baisse de prix et par une meilleure allocation des revenus, notamment en faveur du secteur marchand.

Enfin, le rapport souligne le grand intérêt qu‘il y aurait à expertiser sérieusement deux sujets qui concentrent dans le même temps les critiques les plus vives et la défense la plus exacerbée, les surrémunérations et l‘octroi de mer. On dit tout et son contraire sur ces deux sujets ultrasensibles. Comment faire évoluer le modèle de développement des outre-mer et donner toutes leurs chances aux entreprises locales pour créer de la valeur et des emplois, si les idées ne sont pas claires quant au rôle de ces deux mécanismes sur les prix, la croissance, l‘emploi, les revenus, les inégalités ?

Téléchargez ici le rapport complet

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