Laisse-moi te dire

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Quand la chlordécone est aussi utilisée en Europe...

Quand la chlordécone est aussi utilisée en Europe...

La chlordécone a été utilisée dans les Antilles entre 1972 et 1993 pour lutter contre le charançon du bananier. Elle a aussi été utilisée de manière abondante en Europe de l’Est et en Allemagne pour lutter contre le doryphore de la pomme de terre. De nombreuses autres cultures dans le monde, comme le tabac, les arbustes ornementaux et les agrumes ont également employé cet insecticide.

La chlordécone a été interdite en 1976 aux États-Unis, puis en 1990 partout en France. Son utilisation a été prolongée jusqu'en 1992 dans les Antilles françaises conformément au délai réglementaire lié au retrait des autorisations de vente des produits, puis jusqu'en 1993 par dérogation d'une année. Une année de plus, 21 ans de trop...

Aujourd’hui, les sols contaminés sont à l'origine de pollutions qui touchent les populations locales avec des risques possibles de prématurité et de cancer de la prostate. Cet insecticide particulièrement rémanent viendrait renforcer le cocktail néfaste des nombreuses molécules qui seraient présentes dans l’eau que nous consommons.

Mais ce rappel des faits ne doit pas se limiter aux seules régions antillaises. Car les recherches effectuées dans le cadre du rapport sénatorial de 2009, confirmées par la commission d’enquête menée par Serge LETCHIMY, ont mis en évidence une réalité largement occultée par l'attention exclusive accordée aux Antilles : la chlordécone a été utilisée sur plusieurs continents, y compris en Europe.

En effet, sur les 1.800 tonnes de chlordécone fabriquées dans le monde, 300 tonnes ont été utilisées dans les Antilles. 80% ont donc été utilisées ailleurs, notamment sur le continent européen. Pourtant à notre connaissance, aucune analyse sur la présence de cette molécule dans l’alimentation n’a jamais été réalisée (en dehors des Antilles) alors qu’il existe une très forte probabilité que les champs de pommes de terre de France, d’Allemagne et de Pologne aient été contaminés. Rien ne nous garantit que les pommes de terre que nous importons d’Europe et que nous consommons en Martinique soient saines !

Les organisations professionnelles et les élus européens concernés ont manifestement choisi d’occulter cette question afin de préserver la réputation agricole de leurs territoires, participant ainsi à transformer une tragédie mondiale en un mal exclusivement antillais.

Ce black-out européen n’atténue en rien le drame écologique et sanitaire des Antilles. Bien qu’à l’époque, les questions environnementales étaient moins prégnantes que maintenant, bien qu’aujourd’hui notre territoire soit l’un des seuls au monde à avoir pris des mesures de contrôle, l’utilisation d’un tel pesticide n’est pas excusable. La chlordécone a durablement abîmé nos sols, et il faudra tout le génie de l’innovation pour remédier à ses terribles effets.

Peut-être que si les projecteurs se tournaient aussi sur les autres théâtres concernés, et en particulier sur les pays d’Europe, des moyens d’une toute autre ampleur seraient mobilisés pour trouver enfin une solution de dépollution ?

Car ces moyens doivent être à la hauteur d’un enjeu mondial. Ils doivent impérativement dépasser la petite échelle des Antilles pour atteindre au moins celle du continent européen.

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