Laisse-moi te dire

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Laisse-moi te dire

Février 2009 - Février 2019 : dix ans déjà...

Février 2009 - Février 2019 : dix ans déjà...

10 ans après la crise de 2009 qui a paralysé la Martinique pendant 38 jours, la CGTM appelle « l’ensemble des salariés, et notamment les agents de la Fonction Publique » à manifester ce mardi 5 février 2019. Cet appel fait écho à l’action nationale lancée par la CGT en quête de légitimité syndicale face au mouvement des Gilets Jaunes.

C’est donc par une grève générale que certains veulent célébrer le 10ème anniversaire d’un mouvement dont les effets sont encore prégnants en Martinique.

Des effets d’ordre économique, et des effets d’ordre démographique.

Février 2009 amorce le décrochage durable de notre économie : 10 ans après, notre situation collective s'est considérablement détériorée : contraction des marchés, fuite des investisseurs, augmentation des faillites d’entreprises, explosion du chômage…

Février 2009 est venu rompre brutalement la dynamique martiniquaise qui était alors prometteuse : le chômage baissait, les investisseurs risquaient, les jeunes restaient… L’île était même en 15ème position mondiale selon l’Indicateur de Développement Humain (IDH) de l’ONU.

Février 2009 a aussi marqué les débuts de l’effondrement démographique de la Martinique : chaque année ce sont plus de 3.500 habitants qui disparaissent de l’île. C’est l’équivalent d’une commune comme Basse-Pointe ou les Anses d’Arlet qui est rayée de la carte ! A l’horizon 2040 (dans 20 ans seulement !), nous aurons perdu 100.000 habitants, et parmi ceux-là une grande majorité de nos forces vives : les jeunes, les talents, les entrepreneurs… qui vont chercher ailleurs ce qu’ils estiment ne plus trouver ici.

Dans aucun pays du monde, un tel effondrement démographique n’a jamais été constaté, sauf en périodes de guerres ou de grandes épidémies. Jamais dans son histoire la Martinique n’a connu une telle crise d’attractivité.

Faut-il imputer cette situation à Février 2009 ? Sans doute pas entièrement. Mais sans doute partiellement. Car si le mouvement de 2009 a fragilisé notre tissu économique, il a aussi et surtout fragilisé les esprits. A tort ou à raison, notre société s’est fracturée, les martiniquais se sont divisés, la confiance en l’avenir s’en est allée.

Mais si les conséquences de Février 2009 sont objectivement désastreuses, j’y vois pourtant deux effets positifs :

  • D’abord, cette crise a renforcé la culture économique des martiniquais et en particulier de nos élus. Les débats se sont ouverts sur la structure des prix, sur la chaine des coûts d’importation, sur le poids des taxes, sur les marges des entreprises, sur leur fragilité… et surtout sur le lien direct entre la santé économique des entreprises privées et les ressources des collectivités publiques. En effet, quand l’activité économique baisse, les revenus d’octroi de mer baissent aussi… et mettent les élus locaux à la peine. Force est de constater que depuis 2009, le dialogue entre le monde de l’entreprise et le monde politique s’est amélioré. Le sujet économique n’est plus tabou.
  • Malgré l’ampleur de la crise, les chefs d’entreprise martiniquais se sont remobilisés dans de nombreuses actions pour le bien commun. Des passerelles opérationnelles ont été créées entre les entreprises, l’éducation nationale, l’université, les associations, les artistes, les élus… Des associations d’entreprises d’un genre nouveau sont apparues (ou ont été relancées) avec l’objectif d’engager clairement leurs membres dans des actions citoyennes d’intérêt général : Contact-Entreprises, Entreprises & Environnement, Réseau Entreprendre, Martinique Réserve de Biosphère…

10 ans après, le dialogue est revenu. Même s’il reste encore des progrès à faire, les postures des uns et des autres sont moins radicales. Chacun désormais a conscience que la recherche de solutions doit primer sur la défense des dogmes. Notre société est bien malade, mais elle se réinvente. Certes, il reste des poches « extrêmes » qui cultivent encore le fonds de commerce de la division. Mais l’immense majorité des martiniquais mise sur l’ouverture. Le camp des « constructifs » est aujourd’hui bien plus grand que le camp des « destructeurs ».

Puisse ce camp faire gagner la Martinique !

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