Les poèmes du dimanche

Dimanche 4 juillet 2010 7 04 /07 /Juil /2010 00:03

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Nous sommes sur la côte Caraïbe, le regard plongeant sur l'océan qui, en fin de journée, prend ici des couleurs métalliques... Un sonnet Hérédiabolique.

 

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La vasque où fume encor la mer alcyoniène

Brasille sous les feux du soleil zénithal ;

Stable creuset gonflé de houles de métal,

Qu'effleurent en mourant les brises méridiennes.


Du moule, cercloïde, embu d'obsidienne,

Éclate, coule et fond le bord occidental

Dans le rayonnement de l'astre horizontal

Dont l'ultime verdit la mort quotidienne.


La forge arde, s'éteint, renaît, fume et se meurt,

Dans le silence ardent des lointaines touffeurs,

Mais dans la fusion qui se trempe et s'affine,


Il faut toutes les eaux ; il faut toute la mer

Qui bruit d'âcre vapeur algide où s'illuminent

Les sept couleurs de l'arc irradiant l'éther !

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 27 juin 2010 7 27 /06 /Juin /2010 00:46

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Nous sommes au Carbet, petit village limitrophe de Saint-Pierre, théâtre des premiers débarquements et des guerres navales...


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Carbet, très vieux Carbet, ô vieil homme indulgent

Qui baigne tes vieux os dans deux fraîches rivières

A l'ombre des palmiers ruisselant de lumière,

Dieu fit de toi l'aïeul à la barbe d'argent.


Immobile, tu vis tout un passé changeant

Développer ici son histoire guerrière.

Tout est mort... seul tu vis poursuivant ta carrière,

Tout plein de souvenirs ainsi qu'un vieux sergent !


Tu diras de Colomb les blanches caravelles,

D'Esnambuc conquérant de ces terres nouvelles,

L'Aventure ! pour Dieu, pour la France, et le Roi ;


Et près de t'endormir dans la mort qui consume,

Rêveras d'on ne sait quelle gloire posthume

Qui viendrait t'éveiller une dernière fois !


Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 20 juin 2010 7 20 /06 /Juin /2010 00:26

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Nous sommes au Morne-Rouge, commune verdoyante du nord de la Martinique, nichée sur les flancs humides de la Pelée... 


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Au flanc de la falaise ainsi qu'aux Thermopyles,

Se love et se déploie, ascende en s'incurvant

La route où brille encor le fin stylet d'argent

De la source, veilleuse et nocturne vigile.


Sourcilleuse, la nuit, éparse, volatile,

Visible, se condense et tombe lourdement ;

C'est l'heure, pâle errance et sombre envoûtement

Où les formes d'enfer lutinent les reptiles.


Cosette, coeur battant et la cruche à la main

Se signe en puisant l'eau sur le bord du chemin,

Priant pour l'âme errante au corps sans sépulture ;


Mais la nuit maternelle éteint les noirs remous,

Et dans les lignes musicales des bambous

Les lucioles font des appoggiatures !

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 13 juin 2010 7 13 /06 /Juin /2010 00:40

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Toujours dans le cadre des Croquis Pierrotains, nous allons aujourd'hui sur les bords de la Roxelane, la rivière qui traverse la ville de Saint-Pierre...

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D'un nom de précieuse ou de fière sultane

Quelque poète un peu flibustier baptisa

Tes eaux que si longtemps le soleil irisa,

Ô joyeuse, légère, ô vieille Roxelane !


Es-tu de quelque reine, antique courtisane,

L'âme qui pleure encor les amours qu'elle osa ?

Ou celle maternelle et douce, qui posa

Au front de Cyrano le baiser de Roxane ?


Par-delà l'étendue et par-delà le temps,

Ainsi le coeur répond à la voix qu'il entend

Et tient pour vrai le songe, hélas, qu'il imagine ;


C'est pourquoi, sur tes bords où l'onde va chantant,

Je crois entendre alors les beaux vers de Rostand

Répondre dans l'écume à ceux de Jean Racine !


Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 6 juin 2010 7 06 /06 /Juin /2010 00:38

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Les ruines de Saint-Pierre, présentes dans toute la ville, ont peut-être inspiré ce poème mélancolique...


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Dans les ruines j'ai fait un jour

Un jardin sans mur et sans porte

Où des menthes aux senteurs fortes

Pâlissaient le sombre velours.


Dans les ruines de nos amours,

S'éplorent les âmes mortes,

Et tous ces espoirs qui s'avortent

Sur des sols arides et lourds !


Mais qu'y pleure un peu de rosée,

J'entends, des mortes épousées,

Palpiter déjà le coeur sourd ;


La vie est faite de la sorte :

Dans les ruines de nos amours

Vivent toujours les âmes mortes !


Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 30 mai 2010 7 30 /05 /Mai /2010 00:13

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Aujourd'hui, notre sonnet évoque les biguines de Saint-Pierre qui enfiévraient toute la rue Bouillé. 


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Rythme des lames, arrêtez !

Envolez-vous, rêves, doux sommes !

Même si cela vous assomme,

De gré ou de force, écoutez !


Un vieux moteur plein de ratés,

Mais qui repart, Dieu bon sait comme !

Explosion sourde d'atome

Et de braiments d'âne bâté ;


(Fièvre, cauchemar, hystérie)

Les grincements d'une scierie

Syncopés de miaulements ;


Vols de moustiques, vols de mouches,

Voluptueux soupirs d'amants,

Cris éperdus de femme en couche !

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 23 mai 2010 7 23 /05 /Mai /2010 00:51

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Au-dessus du cimetière de Saint-Pierre, un énorme rocher en équilibre précaire menace de tomber et de détruire la ville. Il a fallu l'arrimer avec de solides chaînes...

 

roche-enchainee-martinique-poeme-laisse-moi-te-dire-lais.jpg

 

Madinina vouée aux démons du Sabbat,

Pour te l'offrir, Ô Christ, un chef venu de France

Fonde un temple de foi, d'amour et d'espérance,

Sur les carbets païens qu'il a jetés à bas !


Et les tristes démons qui prenaient leurs ébats

Sur les mornes d'Abel et d'Orange en silence,

Rugirent, brandissant leurs fourches et leurs lances

Sur le maigre troupeau qui chantait le Stabat.


Satan, leur chef, blêmit d'une impuissante rage

Et déjà va brandir la Roche du Mouillage

Quand soudain par la rue Torrail, il voit la Croix


Dans la procession bien blanche des bannières ;

Sa main laissa tomber la sacrilège pierre

Que l'Ange du Seigneur enchaîna par trois fois !


Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 16 mai 2010 7 16 /05 /Mai /2010 00:22

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Aujourd'hui, un sonnet qui nous parle d'un oiseau que l'on entend plus souvent qu'on ne le voit. Caché dans la végétation, à l'abris des regards, le siffleur des montagnes chante. Et son chant est mélodieux... 


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Dans le silence obscur il égrène parfois

Un sizain dont la trille à la fin du poème

En nuage léger se dissout dans l'air blême

Comme un appel secret de l'âme des sous-bois.


C'est Mozart qui sourit et qui pleure à la fois

Un concerto pour harpe et flûte avec un thème

Si triste et lent, qui doucement monte et s'essaime

Du fond de l'ombre obscure et du vallon étroit.


Et la limpidité de la musique est telle

Qu'elle coule comme une source qui ruisselle

Doucement modulant son chant dans le brouillard.


Alors on ne sait plus si ta goutte, rosée,

Qui tombe de la branche où la nuit t'a posée

C'est l'âme de l'oiseau, c'est l'âme de Mozart !


 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 9 mai 2010 7 09 /05 /Mai /2010 00:47

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Aujourd'hui, un sonnet qui nous raconte la véritable histoire d'une martiniquaise en mal de maternité. Pour avoir des enfants, elle s'est rendu régulièrement à cette petite chapelle nichée sur les flancs de la Montagne Pelée. Neuf pèlerinages ont été nécessaires pour lui donner dix-huit enfants...

 

chapelle-aileron-dix-huit-morne-rouge-montagne-pelee-laiss.jpg

 

Une dame du temps jadis

Au teint de rose, au temps des lis,

Triste comme un "de profundis"

De n'avoir ni filles ni fils,


Fit le voeu - l'histoire le dit -

De monter tous les vendredis,

Sur son cheval bien peu hardi,

En la chapelle au lieu susdit.


Neuf fois de suite elle refit

L'ascension, l'air déconfit,

Puis s'en revint en son logis !


Au double Dieu le lui rendit,

Car l'ayant fait neuf fois de suit(e)

Elle en eut, me dit-on, dix-huit !


Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 2 mai 2010 7 02 /05 /Mai /2010 02:16

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Aujourd'hui, un sonnet tiré des croquis pierrotains: Le Christ du Réduit. Il s'agit d'un crucifix planté sur le bord de la route, quartier "Petit Réduit" entre le Morne-Rouge et la ville de Saint-Pierre, à l'endroit précis où la nuée ardente de l'éruption de 1902 s'est arrêtée...

 

christ-réduit-saint-pierre-montagne-pelée-poème-hippolyt

 

Christ, pour te délivrer de ton morne abandon,

Pour ton Ascension vers la maison du Père,

Une nuée ardente, un matin de colère,

Vint détacher les clous qui rivaient tes tendons.


Mais d'un regard, tu fis s'enfuir les légions ;

Trop de cris s'exhalaient du bûcher funéraire,

Trop de larmes mouillaient ces cendres d'ossuaire :

Tu voulus demeurer en expiation.


Comme une sentinelle au détour de la route

Tu penches ton front pâle et sanglant à l'écoute

Des rumeurs de l'enfer qui viennent mourir là.


Hélas ! Ces bras ouverts, ce geste qui protège ?

En vain ! Toujours la mort est là qui nous assiège

... Alors pourquoi, Mon Dieu, avoir permis cela ?


Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Nicolas BORDAS est membre du Comité Exécutif Mondial de TBWA\Worldwide, Président du groupe TBWA\France, ex-Président de l'AACC (jusqu'en 2011), ex-Président du Comité Exécutif du CODICE (jusqu'en 2010), enseignant à Sciences-Po, administrateur de l'ARPP... Et il trouve le temps d'animer quotidiennement son blog et d'écrire "L'idée qui tue", son premier livre paru en octobre 2009 aux Editions Eyrolles.

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