Les poèmes du dimanche

Dimanche 12 septembre 2010 7 12 /09 /Sep /2010 00:57

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Aujourd'hui, nous allons dans la ville du Lamentin où s'étendent de longues plaines de cannes à sucre...

 

lamentin-canne-a-sucre.jpg

 

  

Ô Lamentin, pour te chanter comme il convient,

Il faut tout l'art du Dante, auteur du Purgatoire

Et de l'Enfer ; pour te chanter comme il convient,

Ô Lamentin, il faut te chanter après boire !

 

Alors la muse faible et que Bacchus soutient

Trouverait de beaux chants pour célébrer ta gloire ;

Puis, son délire éteint, dans une ivresse noire

Elle s'endormirait, ne se rappelant rien.

 

Elle dirait la longue plaine où se hasarde

La très lente et la très paresseuse Lézarde,

Où s'endort la sangsue au ventre noir et or ;

 

Sur qui bruissent parfois les vols lourds de sarcelles

Et les essaims chantants des joyeux anophèles ;

Dies irae - De profundis - Confiteor !

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 5 septembre 2010 7 05 /09 /Sep /2010 00:29

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Un sonnet qui nous promène dans les profondeurs marines...

 

fonds-sous-marin-laisse-moi-te-dire-laissemoitedire.jpg

 

 

Les palais de la mer bordés d'arcs triomphants

Sont de tristes prisons comme des bouches d'ombre ;

Une confuse vie aux passions sans nombre

Y dort ou fait l'amour, attaque ou se défend !


La pieuvre s'y délecte aux supplices savants

Monstre à l'oeil féminin tout plein de douceurs sombres

Humaine ébauche, erreur dont Dieu se désencombre

Et qu'il cache à ses yeux comme un remords vivant !


Les chadrons noirs montent la garde sous l'ogive

De la grotte où gémit la sirène captive,

Noirs eunuques d'un prince amoureux et cruel ;


Les chadrons blancs, menus comme des seins de vierge,

Tressaillent aux baisers du flux qui les submerge,

De l'innocent émoi des péchés véniels !

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 29 août 2010 7 29 /08 /Août /2010 00:16

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Encore un sonnet inspiré de la catastrophe de la Montagne Pelée qui détruisit la ville de Saint-Pierre le 8 mai 1902...

 

eruption-montagne-pelee.jpg

 

 

Les nuits de Geneviève, ô Père, où rougeoyaient

Les feux du camp barbare aux portes de sa ville,

Tu les connus aussi, solitaire vigile,

Aux pieds du volcan noir où l'enfer flamboyait !


Comme Léon devant la horde qui fuyait

Devant la croix sacrée et devant l'Evangile,

Aussi tu rendis grâce à Dieu d'un coeur tranquille

De l'avoir épargnée en ses desseins secrets.


Contre le temple enfin rebâti pierre à pierre

En la cité toujours vouée au nom de Pierre,

Puisse l'enfer jamais encor ne prévaloir ;


Puisses-tu conserver cette sainte alliance,

Et nous bénir longtemps de ton clair ostensoir ;

Car ton nom même, ô Père, est déjà porte chance !

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 22 août 2010 7 22 /08 /Août /2010 00:49

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Au pied de la montagne Pelée, à l'endroit où la terre rejoint la mer, fument parfois des sources chaudes... 

 

sources-chaudes-laisse-moi-te-dire-laissemoitedire.jpg

 

Au pied des rochers noirs couverts de zagaïacs

De tout son être obscur la source prisonnière

Et brûlante, se tend vers l'air et la lumière ;

Mais l'impassible mer l'efface en un ressac.


Fille des profondeurs ignescentes, des lacs

Ou du magma fondu, dans l'ombre, s'interfèrent

Des ondes d'infernale et puissante colère

Dans une odeur de poix, de soufre et d'ammoniac ;


Elle monte à travers de lourdes pestilences ;

S'y diffracte alors invisible, en silence,

Toute la radioactivité d'enfer !


Notre âme aussi connaît de troubles résurgences

Et qu'inlassablement, avec indifférence

Efface une eau plus pure encore que la mer !

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 15 août 2010 7 15 /08 /Août /2010 00:02

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Un sonnet ironique sur l'avidité des percepteurs d'impôts, parasites des contribuables...

 

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Sans t'endormir jamais à l'abri du grillage

Où se complaît ta vie aux travaux très décents,

Tu guettes pour parfois le vider de son sang

Le contribuable obscur dont la feuille est peu sage.


Foin de la passion, foin du libertinage

A toi son insomnie et son suc nourrissant

Peut-être de le voir à tes pieds, impuissant,

Un rayon pitoyable en toi vibre et surnage ?


Car, vois-tu, quelque gène éternel t'unira

A ce frère si maigre et que tu pressuras

D'ordres ministériels tout le long de l'année.


Faire rendre à César ce qu'on doit à César

Est un obscur devoir que tu fais avec art

Et tes feuilles d'impôts ne sont jamais fanées !

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 8 août 2010 7 08 /08 /Août /2010 00:31

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Un sonnet universel sur l'amour quotidien...

 

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Donnez-nous aujourd'hui notre amour quotidien

Car autant que le pain l'amour est nécessaire

Mais votre oeuvre, ô Seigneur, un peu de vous retient

Qui nous avez pétri du limon de la terre ;


Un peu de toi qui fus tout l'amour, Notre Père,

Jusqu'à la mort jusqu'à la honte de tes liens,

Jusqu'à donner aux lucioles la lumière,

Aux humbles pour aimer un coeur semblable au tien !


Madame qui trottez, maigre comme la pluie,

Et craintive à l'abri d'un vaste parapluie

Au petit jour vers quelqu'indomptable harmonium ;


Est-ce la matinale et naïve prière,

Que murmurent, ce jour tout rongé d'uranium,

Vos lèvres en baisant les ave du rosaire ?

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 1 août 2010 7 01 /08 /Août /2010 00:30

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Un sonnet qui nous rappelle simplement que le bonheur est un état d'esprit.


Bernardine-laisse-moi-te-dire.jpg

 

Sois heureuse ô ma Bernardine

Reprends ta danse et tes chansons,

Ta gaieté soit à l'unisson

Des bacchantes et des ondines !


Quand la vie est vide ou chagrine

Certains s'en foutent ou s'en font ;

Mais il est assez simple au fond

Le remède de Bernardine !


Il lui suffit d'un petit sec :

Et la voilà caquet-bon-bec !

La vie est drôle !


Peut-être aussi que le bonheur

N'est qu'une ivresse, une lueur

Fragile et folle !

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 25 juillet 2010 7 25 /07 /Juil /2010 00:28

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Un sonnet ironique sur les discoureurs amoureux des micros, dont les paroles n'intéressent au fond pas grand monde...

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Sonore écho brisant l'hélix et l'anthélix,

Ô pâle ami du verbe et des chaudes cadences

Dont le flux se déverse avec incontinence,

Équation confuse où zéro égale x,


Sois heureux, toi pour qui toute estrade est la Pnyx

Et le monde une grande salle d'audience ;

Si personne ne goûte ici ton éloquence,

Tu parleras bien mieux sur les rives du Styx.


Le mimant, tu sauras amuser Démosthène

Et les pâles rhéteurs, les sophistes d'Athènes

Silencieux autour d'un funèbre repas.


Il vaut mieux leur sourire, il vaut mieux leur silence

Que la triste gaieté, la froide indifférence

Des vivants ennuyeux qui ne t'écoutent pas !


Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 18 juillet 2010 7 18 /07 /Juil /2010 00:45

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Dans les hauteurs de Saint-Pierre de Martinique, à Saint-James, vivait un vieil ermite...

 

l-ermite-saint-james-laisse-moi-te-dire-laissemoitedire.jpg

 

Les enfants n'ont par moi ni rire ni frayeur ;

A l'air de chaque jour ma présence est mêlée ;

A la brune, je viens remplir l'écuellée,

Et laver dans l'eau pure un ulcère rongeur.


Sur mes haillons s'assèche à peine ma sueur,

Mon chef est moutonnant de laine entremêlée ;

Peut-être Diogène et le Zénon d'Elée

Se disputent encor dans la nuit de mon coeur.


J'ai vécu si longtemps d'eau claire et de racines

Que j'ai faim quelquefois d'autres faims et devine

Une autre soif en moi (si vague) de poisons.


J'ai dormi si longtemps dans un creux de la terre

Qu'une tombe bien droite et bien rectangulaire,

Seigneur, me sera douce ainsi qu'une maison.

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Dimanche 11 juillet 2010 7 11 /07 /Juil /2010 00:28

C'est dimanche, jour du poème d'Hippolyte de Reynal. Sur les hauteurs de la ville, le monastère semble pousser ses murs pour abriter tous les lieux environnants... Saint-Pierre, une vaste église ?

 

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Prodigieux degrés, puissante ascension

Vers les sommets fumants où trônait la Sibylle ;

Le vieux monde inclinait vers vous son front servile,

Adorant de l'enfer la domination.


Les moines aujourd'hui psalmodient l'Évangile

Sur tes autels, ô douce "Consolation" ;

Les Trônes, les Vertus, les Dominations

Te gardent, chauve mont, tabernacle tranquille.


La lampe est le soleil tout brûlant du mois d'août

Et les tapis de choeur sont les champs d'arrow-root,

La grande mer qui dort, la cuve baptismale ;


La voûte, un ciel profond où l'on aperçoit Dieu

Que le coeur réunit dans un culte pieux

Au simple et pur amour de la terre natale.

 

Par Emmanuel de Reynal - Publié dans : Les poèmes du dimanche - Communauté : vos poèmes
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Nicolas BORDAS est membre du Comité Exécutif Mondial de TBWA\Worldwide, Président du groupe TBWA\France, ex-Président de l'AACC (jusqu'en 2011), ex-Président du Comité Exécutif du CODICE (jusqu'en 2010), enseignant à Sciences-Po, administrateur de l'ARPP... Et il trouve le temps d'animer quotidiennement son blog et d'écrire "L'idée qui tue", son premier livre paru en octobre 2009 aux Editions Eyrolles.

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